RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour Is 25:6-10

Décrivant l’époque messianique, le prophète mentionne particulièrement la victoire complète et définitive sur la mort. La Bible parle beaucoup, en général, de la victoire sur la mort et de la résurrection universelle à la fin des temps. Quant à l’après-mort, les livres bibliques en parlent presque pas. De l’immortalité de l’âme et de la rétribution dans l’au-delà, la Bible, à la différence des textes égyptiens ou grecs, ne dit rien. Cela n’a rien d’étonnant : une âme immortelle existant séparément du corps n’est pas encore la vie dans toute sa plénitude.

La vie dans toute sa plénitude ne peut être que la vie de l’homme tout entier, âme et corps ensemble, et non séparément. Mais il ne s’agit pas seulement de cela. Il s’agit aussi de la manière dont la Bible voit l’homme. Nous, hommes des temps modernes, regardons l’homme plutôt avec les yeux d’un philosophe grec qu’avec les yeux des auteurs des livres bibliques. Pour nous, l’homme est une âme éternelle et immuable unie à un corps temporaire et fragile. Mais dans la Bible, l’âme n’est nullement immuable.

Dans les livres bibliques, l’âme n’est pas du tout une structure, mais un processus ; c’est le flux de la vie humaine dans toutes ses manifestations, depuis les plus hautes aspirations spirituelles jusqu’à la simple physiologie, comme la respiration et la circulation du sang. Et dans ce flux essentiellement naturel entre ce « souffle de vie » que Dieu « insuffle » à l’homme « dans les narines » (ou, comme l’ont transmis les auteurs de la traduction synodale, « dans le visage ») lors de la création.

C’est au point d’intersection de ces deux flux, le « souffle de vie » de Dieu et l’existence naturelle, comme un philosophe moderne appellerait l’« âme » biblique, que naît la personne humaine. La plénitude de la vie de l’homme est déterminée par l’intensité de ce processus naturel. Et l’intensité du processus dépend de ce qui détermine sa qualité : la nature ou le « souffle de vie » de Dieu. Ici, plusieurs variantes sont possibles : depuis la plénitude de la vie dans le Royaume jusqu’à son minimum dans le shéol, dans le monde des ombres, où l’on ne peut parler de vie que de façon très conditionnelle.

Dans la Bible, la mort n’est pas la disparition de l’homme, ni son départ dans le néant, mais l’épuisement en lui de la vie jusqu’à ce minimum qui transforme le défunt en enveloppe vide, en ombre privée de vie. Le contraire de la mort n’est donc pas simplement la vie, mais la vie en plénitude, dans cette plénitude qui n’est possible que dans le Royaume. Dans le Royaume, où la mort, sous quelque forme que ce soit, n’a pas et ne peut pas avoir de place. C’est pourquoi la venue du Messie et l’avènement du Royaume messianique mettent fin à la mort : tant qu’elle n’a pas définitivement disparu, la vie n’a pas encore vaincu. Et donc le Royaume, lui non plus, n’est pas encore venu dans toute sa plénitude.