RÉFLEXIONS pour Jon 3:4-5
Comme on le voit, la prédication de Jonas a réussi, puisqu’il a pu amener au repentir même les habitants d’une ville comme Ninive. En effet, à l’époque préexilique (lorsque fut écrit le livre de Jonas), Ninive était précisément le symbole de tout ce qu’il y a de pire dans le monde (après l’exil à Babylone, la place de Ninive dans les livres bibliques fut prise par Babylone). Cela n’a rien d’étonnant : il s’agit de la capitale de l’Empire assyrien, dont les souverains et les soldats se distinguaient par leur cruauté même dans le monde antique, où il était généralement difficile de surprendre par la cruauté. Mais il ne s’agit pas seulement de la cruauté légendaire des Assyriens ; il s’agit aussi de l’esprit de l’empire qu’ils ont créé.
En réalité, l’Assyrie a donné au monde le premier exemple d’une société pratiquement sans religion. Bien sûr, les Assyriens, comme tous les peuples de l’Antiquité, avaient leurs dieux, dont ils protégeaient jalousement l’honneur et la dignité. Mais ces dieux étaient pour les Assyriens plutôt des symboles de la puissance impériale que des objets de culte religieux. La situation rappelait celle de l’Empire romain tardif : en Jupiter Capitolin, bien sûr, plus personne ne croyait sérieusement, mais ne pas lui rendre les honneurs convenables signifiait humilier Rome, avec toutes les conséquences qui en découlaient.
Un témoignage remarquable en est le discours du commandant du corps expéditionnaire assyrien envoyé pour conquérir l’Égypte et qui, en chemin, décida de mettre fin à l’autonomie relative de la Judée et assiégea Jérusalem (on peut le trouver dans le livre d’Isaïe). Il ne parle pas de la grandeur des dieux assyriens, mais de la force de l’Empire assyrien.
Il dit aux assiégés : en quel Dieu espérez-vous ? Combien de peuples ont eu différents dieux, et un seul dieu a-t-il jamais aidé qui que ce soit ? Pour la guerre, selon lui, il faut « conseil et force », c’est-à-dire une armée puissante et une administration efficace, non le soutien de quelque dieu que ce soit. Ces paroles trahissent clairement l’athéisme pratique, peut-être non officiellement déclaré, de celui qui parle. Et l’on peut penser qu’une telle vision du monde n’était pas propre au seul commandant du corps expéditionnaire.
Pour obliger de telles personnes à se repentir, il fallait faire des efforts. Plus encore : il fallait une action particulière et ciblée de Dieu pour obtenir un tel effet. Mais l’auteur du livre de Jonas, comme on le voit, comprenait bien que la seule possibilité pour Ninive et pour toute l’Assyrie de survivre était la conversion et le repentir des péchés commis. Et le destin historique de l’Assyrie, qui dans son ensemble se révéla incapable d’un tel repentir, confirme qu’il avait raison.
