RÉFLEXIONS. Lectionnaire catholique.

RÉFLEXIONS pour Lc 13:1-9

L’une des questions qui ont tourmenté les penseurs de tous les temps était celle de la justice ou de l’injustice du monde.

Les uns estimaient que chacun, dans la vie, reçoit tôt ou tard ce qu’il a mérité ; d’autres, au contraire, étaient convaincus que le monde est gouverné par le hasard et que le destin de l’homme ne dépend donc en rien de ses actes.

Il y avait aussi une position qui tenait compte de cette loi de cause à effet que, dans le monde non transfiguré, on peut considérer comme absolue : ses partisans étaient convaincus que chacun récolte les fruits de ce qu’il a fait, mais qu’il n’y a là rien de moral ou d’immoral, aucune dimension morale ; il ne s’agit que d’une loi universelle objectivement existante, dont l’action s’étend à chacun. Une telle approche peut paraître assez équilibrée, mais elle ne tient pas compte d’une chose : la personne humaine elle-même, son choix spirituel et moral. Une erreur accidentelle peut alors devenir fatale, et le repentir ne joue aucun rôle : l’acte est accompli, le mécanisme est lancé, et les regrets au sujet de ce qui a été fait, comme les remords de conscience, ne peuvent plus rien changer.

À première vue, il peut sembler que Jésus soutienne, sinon la position fondée sur l’idée de l’inébranlable loi de cause à effet, du moins une certaine attitude amorale envers le mal qui se produit dans le monde : en effet, Il nie clairement le lien entre l’état de péché d’un homme et les malheurs et calamités qui s’abattent sur lui. Avec une réserve importante : si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. Il s’agit bien sûr d’une conversion qui suppose l’accueil du Royaume, car celui-ci, selon les propres paroles du Sauveur, « s’est approché » ; désormais, se convertir signifie accueillir non seulement Dieu, mais aussi le Royaume de Dieu, l’accueillir afin d’y entrer et de vivre selon ses lois. Comme on le voit, seul cet accueil, seule la participation à la vie du Royaume et la vie selon ses lois peuvent délivrer l’homme du mal accidentel et absolument incontrôlé du monde déchu.

Le monde déchu est injuste ; le mal y règne, et il peut tomber sur la tête de n’importe qui, qu’il soit juste ou pécheur : même la loi de cause à effet ne garantit pas que les conséquences du péché d’un seul ne toucheront pas beaucoup de personnes. Dans un monde où règne le mal, la vertu n’est pas récompensée et le péché n’est pas puni. Son existence n’a ni sens ni but. Mais il y a un sens et un but à l’existence du Royaume, tout comme il y a un sens à cette transfiguration qui attend notre monde à la fin des temps.

Le seul sens de l’existence du monde non transfiguré est qu’il peut devenir le lieu de l’action des forces du Royaume, un espace où se fait sentir le souffle de Dieu. Et pour l’homme, le seul sens de l’existence dans un monde absurde ne peut être que la participation à ce processus. Il n’y a pas d’autre sens, pas d’autre salut dans le monde déchu. Et le Sauveur se montre ici assez sévère : ou bien vous vous convertirez et deviendrez des habitants du Royaume, ou bien vous périrez tous aussi absurdement que ceux au sujet desquels vous interrogez.