RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour Gn 8:4-21

Alors finalement, que peut le juste ? La première chose que fait Noé en sortant de l’arche, c’est d’offrir un sacrifice au Dieu qui l’a sauvé. C’est sans aucun doute l’acte d’un juste. Et Dieu ? L’auteur sacré archaïse ici volontairement l’image de Dieu : son Dieu aspire par les narines la fumée du feu sacrificiel, comme le font les dieux païens, par exemple chez Homère. Mais cette image extérieurement archaïque et quelque peu primitive ne doit pas nous tromper : Dieu dit quelque chose de très sérieux et de très important. Il dit : je ne détruirai plus la terre à cause de l’homme, parce que toutes les intentions du cœur humain sont mauvaises dès sa jeunesse (le texte hébreu correspondant dit précisément cela). Autrement dit, il n’y a pas de sens à purifier la terre par des méthodes aussi radicales : de toute façon, tant que des hommes y vivront, on n’évitera ni le mal ni le péché ; il ne vaut même pas la peine d’essayer.

Cette définition est sans aucun doute absolument juste, même si elle est très triste. Mais alors, qu’en est-il de la justice ? Quel en est le sens ? Joue-t-elle le moindre rôle dans les destinées de l’univers ? Sans doute, malgré tout, oui. Car Dieu promet de préserver le monde de la catastrophe en respirant la fumée du sacrifice. Et même si cette image fait parfois sourire le lecteur, ici tout est tout à fait sérieux : le monde tient par la justice. Par la justice de ces justes de tous les temps et de tous les peuples dont Noé est devenu l’image collective. Et si le monde ne s’est pas encore effondré dans l’abîme, s’il a tout de même attendu la venue du Messie promis par Dieu, c’est à eux qu’on le doit. Leur justice sur la terre devient le reflet de la miséricorde de Dieu dans les cieux. Et le monde tient. Difficilement, mais il tient. Et il reçoit une chance de salut.