RÉFLEXIONS pour Ex 14:1-31
Le départ des Hébreux d’Égypte est un véritable miracle, un miracle tout à fait inattendu pour les Égyptiens. En effet, Moïse conduisit aussitôt le peuple dans une direction tout autre que celle où, selon tous, il allait se diriger : non vers Beer-Shéva, où se trouvait un ancien sanctuaire yahviste et où l’on aurait justement pu offrir des sacrifices à Yahvé et célébrer la Pâque. Au lieu de mener le peuple vers l’est, puis vers le nord, par la route maritime, il tourne vers le sud-est, vers la frontière, là où se trouve aujourd’hui le canal de Suez et où, à cette époque, existait toute une chaîne de lagunes, reliées en partie à la Méditerranée et en partie à la mer Rouge. Cette chaîne de lagunes portait le nom de mer des Roseaux, celle-là même dont le livre de l’Exode raconte la traversée (dans la traduction synodale, la mer des Roseaux est appelée mer Rouge). C’est là, vers la mer des Roseaux, que Moïse conduit son peuple.
Les Égyptiens comprirent qu’il s’était produit quelque chose qui n’était pas prévu, ce qu’ils redoutaient : le peuple ne s’était pas mis en route vers l’endroit qui lui avait été permis, mais vers la frontière, manifestement pour quitter le pays. Beer-Shéva, au temps de l’Exode, se trouvait sur le territoire égyptien, tandis que le Sinaï ne l’a jamais été, du moins dans l’Antiquité. Il n’est donc pas étonnant que la garde-frontière égyptienne, composée de chars légers et de cavalerie, se soit aussitôt lancée à la suite des Hébreux pour les empêcher de partir, et qu’elle ait bloqué les fugitifs dans la région des lacs Amers, là où la mer des Roseaux avait sa moindre largeur.
Quand, à quel moment Moïse prend-il la décision de quitter le pays ? Il est difficile de le dire avec précision. Peut-être le savait-il déjà lorsqu’il appela le peuple à célébrer la Pâque. Il est plus vraisemblable toutefois qu’il ne savait pas encore exactement par quel itinéraire il ferait sortir le peuple d’Égypte. Il fallait simplement suivre Dieu, et Moïse le comprend même lorsque la situation semblait devenue absolument sans issue, lorsque les Égyptiens avaient bloqué le peuple dans la région des lacs Amers.
C’est alors que se produisit le miracle que n’attendaient ni les Hébreux ni les Égyptiens : un vent violent chassa l’eau des lacs Amers, découvrant pour un temps le fond, fait d’une boue salée et visqueuse. Marcher dans cette boue n’était pas facile, mais ni les chars ni les cavaliers ne pouvaient s’y déplacer plus vite qu’un piéton. Il n’y eut pas de poursuite efficace : l’écart entre les Hébreux qui s’éloignaient et les Égyptiens qui les poursuivaient devait inévitablement se maintenir jusqu’à la sortie sur la terre ferme. Les premiers à y poser le pied furent les Hébreux, et alors le vent tomba : l’eau reflua vers son lieu habituel, recouvrant les Égyptiens qui poursuivaient les Hébreux. L’Égypte était derrière eux, et devant eux, la liberté et le désert.
