RÉFLEXIONS. Lectionnaire catholique.

RÉFLEXIONS pour Мф 5:42-48

En appelant Ses disciples et Ses fidèles à être « parfaits comme le Père céleste », Jésus poursuit ainsi et mène à son accomplissement logique la tradition qui remonte encore aux temps d’avant l’Exil. C’est alors, dans la seconde partie du livre du Lévitique, écrite vers le milieu du IXe siècle av. J.-C., qu’apparaît l’appel de Dieu régulièrement répété : « soyez saints, car Je suis saint ». Cet appel supposait qu’après avoir été sanctifié un jour à l’autel de Dieu, l’homme conserve ensuite cet état de sanctification en y demeurant constamment.

La tradition postexilique, liée aux notions de Torah intérieure et de « Torah vivante », sans lesquelles la justice était impensable, était liée au désir de réaliser ce à quoi appelait l’auteur de la seconde partie du livre du Lévitique. On voit que Jésus appelle Ses disciples et Ses fidèles à la même chose, quoique par d’autres mots. Mais Il considère comme le signe principal de la plénitude de la justice et de la plénitude de la sanctification l’amour, et cela non seulement envers les amis et ceux qui nous aiment en général, mais aussi envers les ennemis.

Bien sûr, la Torah dit certaines choses sur l’amour des ennemis, et le judaïsme postexilique considère l’amour des ennemis comme l’un des signes de la justice. Mais ni la Torah proprement dite ni la tradition postexilique n’exigent de l’homme l’amour des ennemis comme quelque chose d’absolument nécessaire. Jésus, Lui, pose manifestement la question ainsi.

Qu’est-ce donc : l’exigence d’une plénitude de justice qui était auparavant un idéal et qui doit maintenant devenir la norme ? Sans doute, oui. Mais pourquoi ? Seulement par désir de voir Ses disciples et Ses fidèles être les meilleurs hommes du monde ? Sans doute pas pour cette raison, ou du moins pas seulement pour elle. Plutôt par désir de les voir habitants du Royaume. Or, dans le Royaume, il faut précisément être parfait. Et non parce que les autres y seraient méprisés, mais parce que dans le Royaume seul cela a un sens : être parfait ou devenir parfait. Autrement, on n’y a rien à faire, car on ne peut pas participer autrement à la plénitude de la vie du Royaume. Et sans cela, le fait même d’y demeurer perd tout sens.