RÉFLEXIONS pour Ex 9:1-35
Les plaies continuent. Les catastrophes naturelles s’abattent sur l’Égypte les unes après les autres. Les magiciens égyptiens ont déjà reconnu leur impuissance, ils disent déjà ouvertement à Pharaon qu’il s’agit ici de l’affaire de Dieu, et qu’ils ne peuvent donc rien faire. Même le peuple commence déjà à écouter les paroles de l’étrange prophète venu des Hébreux : car ne pas écouter, comme l’expérience le montre, coûte cher. En écoutant, on peut au moins réduire les dégâts causés par les éléments. Seul Pharaon reste inflexible. Du reste, pas tout à fait.
Parfois, il commence à sembler prêt à laisser partir le peuple. D’ordinaire, c’est lorsque la situation lui paraît tout à fait catastrophique. Mais quand elle s’améliore, ne serait-ce que pour un temps, grâce aux prières du même Moïse, Pharaon redevient ce qu’il était, dur et intraitable. Pourquoi ? Qu’est-ce qui l’empêche de voir l’évidence, de comprendre ce que tous ses sujets comprennent déjà ? La peur de perdre la face ? Peut-être. Une concession de sa part aurait pu être interprétée par tous, et d’abord par les Sémites qui vivaient dans le delta, comme une faiblesse. Avec les faibles, on ne fait généralement pas de cérémonie : après la première concession, on en exigera une deuxième, puis une troisième... Du point de vue de tout pouvoir, c’est le chemin de l’abîme.
Pharaon ne pouvait pas suivre ce chemin. Il y avait aussi autre chose : l’ordre habituel de la vie. Les modèles habituels. La vision du monde habituelle. Permettre maintenant à l’une des tribus sémitiques de partir signifierait un véritable bouleversement, une transformation de toute la vie, de toute la manière de percevoir le monde. Quand a-t-on vu des barbares contraindre les pharaons d’Égypte à marcher à leur suite, et cela sans guerre, sans envahir l’Égypte en horde déchaînée, mais simplement en demandant des concessions ?
Chose inouïe ! Qui respecterait encore Pharaon après cela ? Lui-même cesserait de se respecter. Et puis on ne sait pas encore si tout ce qui arrive n’est pas une mystification ; peut-être que les malheurs tombés sur le pays ne sont pas directement liés à cet étrange prophète. Peut-être même que ce malheur-ci sera déjà le dernier, et qu’ensuite tout redeviendra comme avant... Mais les malheurs se répétaient encore et encore, afin que Pharaon se convainque enfin qu’il n’avait pas devant lui un hasard : il fallait laisser partir le peuple, sinon les cataclysmes ne prendraient pas fin.
