RÉFLEXIONS pour Ex 22:22
La Loi a toujours exigé de l’homme une attitude attentive et délicate envers ceux qui avaient particulièrement besoin de protection, notamment les veuves et les orphelins. Bien sûr, cela tenait pour beaucoup à l’organisation patriarcale traditionnelle de la société dans laquelle agissaient les lois exposées dans le livre de l’Exode. Dans une telle société, le grand clan patriarcal était le fondement non seulement de la vie familiale, mais aussi de la vie sociale et religieuse ; les orphelins et les veuves, souvent privés de la protection traditionnelle du clan, y devenaient particulièrement vulnérables. D’ailleurs, une telle situation ne se rencontre pas seulement dans une société patriarcale, et aujourd’hui les personnes particulièrement vulnérables ne sont pas du tout seulement les orphelins et les veuves.
Quelle est donc ici la logique du législateur ? S’agit-il seulement, dans ce cas, de justice sociale ? Bien sûr, il s’agit aussi d’elle. Il ne vaut guère la peine de parler d’une vie spirituelle normale là où l’on oublie la justice sociale. Et pourtant, la question ne se limite pas à cela. Car l’injustice sociale suppose avant tout que la majorité des membres d’une société cesse de regarder certaines personnes comme des personnes. Cette majorité commence à voir en elles non des prochains, mais seulement une certaine masse humaine avec laquelle on peut faire, sinon tout ce que l’on veut, du moins que l’on peut traiter autrement que tous les autres. Et c’est le chemin vers l’effondrement spirituel : car, comme on le sait, celui qui n’aime pas le prochain qu’il a sous les yeux saura difficilement aimer Dieu qu’il ne voit pas.
