RÉFLEXIONS pour Rm 3:21-31
La Torah, du moins la Torah intérieure, selon la parole de l'apôtre, ne fait que révéler à l'homme sa propre nature pécheresse; par elle «on connaît le péché». Mais où est l'issue? Qu'est-ce qui peut libérer l'homme du péché? Paul répond: la justice, qui est plus grande que la Torah. La Torah et les Prophètes témoignent de la justice de Dieu; c'est ainsi qu'on appelait au temps de Paul ce que nous nommerions aujourd'hui l'Écriture sainte. Et seule la manifestation de cette justice de Dieu, de la «vérité de Dieu», peut libérer l'homme du pouvoir du péché. Ici Paul reste fidèle à la tradition rabbinique: car la Torah n'a jamais été une fin en soi; elle était nécessaire comme moyen d'affermir l'homme sur le chemin de la justice.
Mais dans la compréhension rabbinique traditionnelle du problème de la Torah et de la justice, l'apôtre introduit une compréhension nouvelle, messianique: il parle de la manifestation de la justice du Messie, de la justice du Christ, et de la fidélité au Christ, de la «foi en Jésus-Christ», comme de l'unique possibilité pour l'homme de participer à cette justice. La justice de Dieu a été manifestée au monde par le Christ; le sang qu'Il a versé devient pour ceux qui Lui sont fidèles ce qu'était le sang sacrificiel pour les croyants yahvistes de l'époque préchrétienne.
Alors, le sang de l'animal sacrifié, offert pour le péché d'une personne concrète, purifiait cette personne des conséquences du péché qu'elle avait commis et lui ouvrait la possibilité de participer à la justice de Dieu dans la mesure relative qui était ouverte aux hommes avant la venue du Christ. Maintenant, le Messie Lui-même ouvre à chacun de ceux qui se confient à Lui toute la plénitude possible pour l'homme de la justice de Dieu, devenue accessible au monde grâce à Son chemin et à Son sacrifice.
L'apôtre ne parle pas par hasard de rédemption, de rachat: la mort du Sauveur sur la croix, le sang qu'Il a versé, est devenu le prix payé pour le péché de l'homme, de même qu'autrefois le sang des animaux égorgés auprès de l'autel devenait le prix payé pour les péchés de l'homme. Comme alors les animaux donnaient leur vie afin d'ouvrir à l'homme le chemin vers Dieu, ainsi maintenant le Messie donne Sa vie afin d'ouvrir à l'homme le chemin du Royaume.
Mais alors, la purification comme la participation à la justice de Dieu étaient partielles; maintenant elles deviennent complètes. Et non parce que les «oeuvres de la Torah» peuvent aider l'homme d'une quelconque manière, mais parce que la justice de Dieu a été manifestée au monde par Celui qui la porte Lui-même dans toute sa plénitude. Mais la Torah n'en est pas dépréciée, du moins si l'on parle de la Torah intérieure. Car la fidélité au Christ est impensable sans le chemin de la justice et en dehors de lui; elle est donc impensable aussi sans la Torah intérieure comme cette dynamique spirituelle sans laquelle il n'y a pas de chemin de justice. C'est pourquoi l'apôtre dit que tout ce qu'il a affirmé sur le salut par la fidélité à Jésus-Christ ne déprécie nullement la Torah, mais l'affermit davantage encore.
