RÉFLEXIONS. La réflexion principale.

RÉFLEXIONS pour Ex 21:14

La Torah se montre très, très stricte à l'égard du meurtre intentionnel. Un tel meurtrier, comme on le voit, ne pouvait pas compter sur un refuge même auprès de l'autel de Dieu. Il faut remarquer que, dans le monde ancien, les autels étaient partout considérés comme des refuges où le meurtrier pouvait échapper à la vengeance de ses vengeurs du sang, et la vendetta se révélait souvent, en ces temps-là, une forme tout à fait légitime de punition pour meurtre. La Torah n'encourage nullement la vendetta, bien qu'elle l'admette comme une concession à la coutume et à la vindicte humaine. Mais elle la considère sans sympathie et prescrit donc d'éviter la vendetta autant que possible. En particulier, la Torah confirme le droit d'asile auprès de l'autel pour les meurtriers qui ont commis leur crime involontairement ou par imprudence.

Il faut remarquer que les conceptions païennes traditionnelles de la vendetta partaient avant tout du fait même de l'effusion de sang commise par le meurtrier, qui souillait tout son clan, de sorte que la souillure ne pouvait être ôtée qu'en versant le sang du meurtrier. Et si les parents du meurtrier refusaient de le faire, les parents de la victime entraient en action.

Mais la Torah est loin d'une telle conception de l'effusion de sang, au fond semi-magique. Du point de vue de la Torah, ce qui importe avant tout, c'est le péché commis ou son absence; à cet égard, les intentions et les motifs ont une importance de principe. C'est pourquoi, pour les cas où l'intention est absente, la Torah propose des mécanismes permettant au criminel qui a commis un crime involontairement ou par imprudence d'éviter la vengeance «automatique», en utilisant notamment les représentations traditionnelles des autels comme lieux de refuge. Mais lorsque l'intention était présente, la proximité de l'autel elle-même ne pouvait sauver l'homme du châtiment: car ce qui sauvait de la vengeance n'était pas l'autel en lui-même, avec quelque force magique inconnue, mais la proximité de Dieu, qui ne voulait pas que la vengeance devienne une fin en soi. Dans le cas d'un péché commis intentionnellement, une telle proximité se révélait non pas une protection, mais une mise en accusation: car le péché et la sainteté sont incompatibles, et en présence de Dieu, le pécheur qui ne se repent de rien ne peut pas compter sur la défense et la protection.

Telle est la logique de la Torah: elle part non de la forme religieuse, mais du sens spirituel de ce qui se passe. Et elle évalue les actes de l'homme en conséquence.