RÉFLEXIONS pour Lv 19:17
Dans notre conscience ordinaire, le lien entre hostilité et reproche s'est assez solidement fixé. En réalité, le reproche est le plus souvent la conséquence d'une attitude hostile envers celui que l'on reprend. Et même s'il n'y a pas d'inimitié personnelle, on regarde tout de même celui que l'on reprend comme un adversaire auquel il faut infliger une défaite, politique, morale ou autre.
Mais l'auteur sacré nous propose une logique tout autre. Pour lui, l'hostilité et le reproche sont liés à des états spirituels tout à fait différents. En effet, il faut reprendre le prochain pour ne pas porter son péché. Il s'agit manifestement d'une situation de complicité dans ce qui est péché et à quoi il est impossible de participer. Or la non-participation dans une telle situation signifie précisément le reproche : en refusant de soutenir quelqu'un, il faudra d'une manière ou d'une autre s'expliquer avec lui, et une telle explication, si l'on ne ruse pas, deviendra nécessairement une reprise. Quant à la colère et à l'hostilité du coeur, elles ne supposent pas, comme on le voit, de reproche.
Certes, l'hostilité cachée dans le coeur n'est pas en elle-même de la colère ; mais, ne se manifestant pas comme elle devrait se manifester, elle engendre nécessairement la colère. Une telle hostilité cachée ne profite en fin de compte à personne : si le reproche aide souvent à mettre les points sur les i, l'hostilité cachée et la colère qu'elle engendre embrouillent encore davantage les deux parties. Alors les relations avec le prochain entrent dans une impasse spirituelle dont il est parfois très difficile de trouver la sortie. Et cela n'a rien d'étonnant : le reproche, même accompagné d'émotions négatives, porte pourtant en son fond le désir de comprendre qui a raison et qui a tort, où est le péché et où est la justice.
L'hostilité, elle, est toujours mue par des sentiments et des intentions liés d'une manière ou d'une autre, avant tout, à l'affirmation de soi aux dépens du prochain ; or le désir d'une telle affirmation de soi exclut dès le commencement la possibilité de l'amour, et donc la possibilité que ces relations deviennent un jour partie du Royaume.
