RÉFLEXIONS pour Is 58:6
Le jeûne est une ancienne tradition yahviste, connue dès le temps des Patriarches. Ses racines plongent dans l'histoire, dans une antiquité dont les historiens ne peuvent aujourd'hui que deviner les contours. Le sens originel du jeûne, du moins chez les peuples sémitiques, était lié à l'abstinence de nourriture en signe de deuil. Il pouvait s'agir d'un deuil personnel, par exemple pour des parents morts, ou d'un deuil public, par exemple lorsqu'une ville entière pouvait jeûner pendant un siège, une épidémie ou une catastrophe naturelle. Dans le second cas, le jeûne s'accompagnait d'ordinaire d'une prière de repentir.
À l'époque où fut écrite la seconde partie du Livre d'Isaïe, le jeûne était surtout lié à la contrition pour ses propres péchés : on supposait que celui qui jeûnait pleurait sur lui-même comme sur un mort spirituel, à qui ses péchés ne laisseraient pas de place dans le Royaume messianique. Avec le temps, le jeûne cessa d'être vécu de manière aussi personnelle et tragique ; il devint une sorte de tradition pieuse qui devait rappeler à l'homme son état pécheur.
Il arrivait que cette piété soit ostentatoire : ceux qui jeûnaient voulaient montrer par toute leur apparence triste, voire tragique, combien ils pleuraient sur leurs péchés. Ils refusaient catégoriquement nourriture et boisson si on leur en proposait ; les jeûnes de cette époque supposaient une abstinence complète de nourriture et d'eau pendant la journée ; ils allaient en vêtements déchirés et la tête couverte de cendre, signes ordinaires de deuil à cette époque ; bref, ils faisaient comprendre de toutes les manières possibles à leur entourage qu'ils jeûnaient.
Le prophète, lui, propose à la place de ces signes de piété ostentatoire ce qui deviendrait le signe d'un repentir authentique si l'homme se mettait à agir ainsi : il propose au repentant les oeuvres de miséricorde qu'il pourrait accomplir. En effet, quel que soit le péché commis par l'homme, Dieu peut le lui pardonner si son repentir est sincère.
D'autre part, l'homme qui se repent réellement de son péché et désire rétablir des relations normales avec Dieu doit, selon la pensée du prophète, non pas s'adonner à une autocastigation inutile pour lui-même comme pour Dieu, et encore moins l'exhiber, mais accomplir des oeuvres témoignant de son amour pour le prochain qui a besoin d'un tel amour.
Rien d'étonnant à cela : la vie spirituelle est d'abord l'ensemble des relations qui unissent l'homme à Dieu et à ses prochains. Le péché les détruit, et celui qui se repent doit avant tout essayer de restaurer ce qui a été détruit. Et pour cette restauration, il n'y a pas de meilleur moyen que les oeuvres d'amour et de miséricorde. C'est pourquoi Dieu, par la bouche de Son prophète, les désigne comme le témoignage d'un repentir authentique, capable de ramener le pécheur sur le chemin de Dieu.
