RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Gn 44:1-34

Le passage d’aujourd’hui achève le récit biblique de la manière dont Joseph conduisait ses frères au repentir. À première vue, l’histoire de la coupe, glissée à Benjamin sur l’ordre direct de Joseph (v. 2), ressemble à une provocation manifeste. Mais, d’autre part, cet épisode s’est révélé une étape très importante dans le processus de cette éducation spirituelle particulière que Joseph entreprit avec ses frères. D’une part, ici encore, comme auparavant, les frères de Joseph durent constater par leur propre expérience ce que c’est que d’être coupable sans faute. Certes, l’expérience était extrêmement dure, mais Joseph avait le droit moral de la faire, car lui-même s’était trouvé dans une telle situation au moins deux fois : la première fois par la faute de ses frères, quand ils le vendirent comme esclave en Égypte, et la seconde fois dans l’histoire de la femme de Potiphar, quand il fut non seulement accusé de ce dont il n’était nullement coupable, mais encore l’accusation elle-même devint possible précisément parce que Joseph suivait inébranlablement les normes morales qu’il considérait pour lui-même comme absolument immuables, comme données par Dieu. L’histoire de la coupe rappelle plutôt précisément l’histoire de la femme de Potiphar : comme Joseph lui-même dans cette histoire, ses frères, dans l’histoire de la coupe, n’étaient absolument coupables de rien. Et, comme Joseph, ils durent apprendre par leur propre expérience ce que ressent un homme qu’on a piégé. Il semblerait qu’une telle situation n’ait pas de rapport direct avec la faute des frères envers Joseph. Et pourtant une expérience de ce genre était extrêmement importante : elle permettait à celui qui l’avait vécue de comprendre ce que signifie pour un homme de se trouver dans un état de totale impuissance, non pas physique mais, pour ainsi dire, morale, lorsque, tout en ayant raison, on n’a pas la moindre possibilité de prouver son indubitable bon droit, si bien qu’il ne reste qu’à espérer en Dieu et en Son intervention. Et lorsque, dans une telle situation, l’un des frères, Juda, propose de prendre sur lui le châtiment prévu pour Benjamin (le droit pénal de certains peuples de l’Antiquité, y compris des peuples sémitiques, admettait une telle substitution), Joseph comprend que ses frères sont réellement prêts à le rencontrer.