RÉFLEXIONS. La Bible en cinq ans.

RÉFLEXIONS pour Jb 36:1-33

S’adressant à Job, Élihu compose un hymne à la grandeur et à la sagesse de Dieu (v. 22 – 33). De telles paroles, sans aucun doute, Job lui-même et ses amis les auraient approuvées. Mais Élihu ne se limite pas à glorifier la sagesse du Créateur manifestée dans la création. Il dit directement que le but de son discours est ce que les théologiens modernes appellent la théodicée, la justification de Dieu (v. 2 – 4). La tâche principale d’une telle justification était d’expliquer d’où vient le mal dans le monde et pourquoi il arrive souvent que ceux qui sont prêts à suivre la volonté de Dieu vivent dans ce monde plus difficilement que ceux qui ne tiennent aucun compte de Dieu. La théorie d’Élihu est simple : Dieu soutient toujours le juste, et si le malheur arrive pourtant au juste, ce n’est rien d’autre qu’une tentative de Dieu pour le corriger lorsque, pour une raison ou une autre, le juste tombe soudain dans le péché (v. 5 – 12).

Pour Élihu, une telle explication apparaît, manifestement, comme la seule possible, ce qui n’a rien d’étonnant : seule une telle position exclut d’emblée toute protestation, sans exiger pour autant de l’homme une simple obéissance formelle ou l’acceptation de l’autorité d’une force stupide, indifférente à l’homme. Si l’homme rejette la correction de Dieu, il devient aux yeux d’Élihu un hypocrite, presque pire qu’un impie déclaré (v. 13 – 15). C’est pourquoi Élihu appelle Job à ne pas prendre la position de l’hypocrite, à ne pas préférer l’impiété à la souffrance (v. 16 – 21). En avançant de tels arguments, Élihu se montre, en un certain sens, inconséquent : en effet, si Dieu ne se soucie pas de la justice ou du péché de l’homme, comme Élihu lui-même l’affirmait récemment, pourquoi se mettrait-Il à instruire ou à corriger quelqu’un ? Mais, manifestement, le cœur d’Élihu était plus sage que sa raison. Il comprenait qu’un Dieu qui ferait quelque chose d’absurde et d’inhumain ne serait pas Dieu, mais un monstre, et son cœur, semble-t-il, se révoltait contre un tel Dieu tout autant que le cœur de Job, qu’Élihu voulait convaincre de la justice de Dieu. C’est pourquoi Élihu tente de trouver un sens aux actions de Dieu, bien que tout ce qu’il avait dit auparavant de Dieu ne lui en donnât aucun espoir.

La clé de cette recherche du sens était pour Élihu l’humilité, telle qu’il la comprenait. Ce n’est pas par hasard que, dans son discours, Élihu appelle le juste « pauvre » (v. 15) : déjà dans l’hymnographie d’avant l’exil, reflétée dans le Livre des Psaumes, les pauvres du Seigneur étaient devenus un exemple vivant d’humilité. Mais il s’agissait d’une humilité authentique, d’un abandon total à la volonté de Dieu, sans lequel il ne peut y avoir de vie spirituelle normale et plénière. Élihu, sans s’en apercevoir, substituait à la vraie humilité une fausse humilité. Car il ne parle pas de l’humilité devant Dieu, qui conduit l’homme à Sa suite en lui ouvrant le chemin de la justice, mais d’un Dieu qui ne se soucie absolument pas de chaque personne, pour qui tous les hommes se ressemblent, si bien que leur justice comme leurs péchés Lui sont indifférents. Dans ce cas, s’humilier ne signifiait plus s’abandonner à la volonté de Dieu, mais s’incliner devant une force brutale et totalement indifférente à l’homme, derrière laquelle Dieu se cache comme derrière un voile. Une telle position est évidemment très loin de l’humilité authentique. Mais elle permettait au moins de donner un sens à ce qui paraissait à Élihu être la providence de Dieu. Et cette interprétation, manifestement, il la propose à Job de la part de Dieu en réponse aux questions que Job adresse à Dieu.