RÉFLEXIONS pour Gen 12:1-20
L’histoire du peuple de Dieu commence par l’appel d’Abraham. Dieu la commence avec une petite tribu dont Il fera ensuite croître Son peuple. Le dessein de Dieu comprenait manifestement l’intention de créer un peuple qui deviendrait en même temps une communauté de fidèles. C’est peut-être pourquoi Il commence à le créer précisément ainsi, même si, à ce qu’il semblerait, en Égypte comme en Mésopotamie, il y avait beaucoup de gens qui savaient quelque chose de l’Unique. Mais ce savoir était tout de même, pour l’essentiel, théorique; il n’influençait pratiquement pas la vie spirituelle de la société et changeait apparemment peu de chose dans la vie des personnes prises séparément. Pour un tel changement, il faut non des théories théologiques, mais une rencontre réelle avec le Dieu réel et vivant. Les connaissances théologiques peuvent ici non seulement aider, mais parfois aussi faire obstacle: il arrive souvent, en effet, que la révélation reçue de Dieu ne confirme pas, mais au contraire réfute les représentations établies et généralement admises, tant sur Lui-même que sur la vie spirituelle en général. C’est peut-être précisément pourquoi Dieu, lors de la première rencontre, ne dit rien à Abraham sur Lui-même. Il appelle simplement Abraham à Le suivre, promettant de transformer plus tard une petite tribu en peuple (v. 2 – 3). Mais pour cela, il faut partir, s’établir en un nouveau lieu, en quittant la terre des pères (v. 1). Certes, Abraham ne fut pas le premier à émigrer de Mésopotamie vers la Palestine; le mouvement des tribus sémitiques de la Mésopotamie vers l’Ouest, jusqu’à la mer Méditerranée, avait apparemment commencé presque cent ans avant sa naissance. Mais au moment de sa rencontre avec Dieu, Abraham a déjà soixante-quinze ans (v. 4), et à cet âge, comme on le pensait alors, il était déjà tard pour se décider à une telle entreprise. De plus, Dieu ne dit rien à Abraham sur Lui-même, de sorte qu’en se dirigeant vers la Palestine, Abraham devait faire confiance à un Dieu inconnu, dont il ne savait rien. Dans une telle situation, ni les raisonnements théologiques ni le bon sens ne peuvent aider: la théologie ne peut rien dire d’un Dieu inconnu, et le bon sens inciterait plutôt celui qui le possède à répondre «non» que «oui». Abraham, manifestement, ne se guide ici ni par le bon sens ni par des connaissances théologiques. Il agit comme son cœur le lui indique, au sens où les auteurs de la Bible comprennent ce mot: le cœur est pour eux le centre spirituel de la personne humaine, ce «moi» spirituel qui entend Dieu et choisit. Et Dieu lui fait confiance, en lui laissant une liberté complète. On demande parfois: Abraham aurait-il pu refuser? Aurait-il pu répondre «non» à Dieu? Et qu’aurait-il alors été du peuple de Dieu? Nous n’avons pas de réponse à ces questions, car tout ce qui est décrit dans la Bible est déjà arrivé comme c’est arrivé. On peut seulement dire qu’alors Dieu aurait dû Se chercher un autre élu, et Il l’aurait sans aucun doute trouvé. Mais cela aurait été une autre histoire d’un autre peuple.
