RÉFLEXIONS pour Lc 2:22-40
Le mot « sretenie » est slave ; en russe, il signifie « rencontre ». De quelle rencontre s’agit-il donc ? De la rencontre des parents du Sauveur avec Syméon ? De leur rencontre avec la prophétesse Anne ? Bien sûr, de cela aussi. Mais en premier lieu, le récit évangélique nous parle de la rencontre du peuple de Dieu avec son Messie.
Que ce peuple se soit trouvé représenté par ceux qui attendaient la venue du Messie n’a rien d’étonnant. Ce qui étonne est autre chose : au nom du peuple, ce ne sont pas les personnes qui semblaient les plus connues parmi ceux qui l’attendaient qui le rencontrent. Certes, il n’est pas question ici du sacerdoce du Temple : le sacerdoce se montrait justement réservé et sceptique à l’égard des attentes messianiques populaires. Mais il y avait aussi la Synagogue ; dans le milieu synagogal, les attentes messianiques étaient alors très intenses. Et pourtant Dieu montra le Messie non aux chefs de la Synagogue, mais à des personnes certes connues, mais qui n’appartenaient pas au nombre des dirigeants du peuple.
Le choix peut paraître étrange, mais à y regarder de plus près, il est tout à fait explicable. Le Messie, bien sûr, était attendu alors dans le peuple juif sinon par tous, du moins par un très grand nombre. Mais la plupart de ceux qui l’attendaient avaient leurs propres représentations du Messie, de ce qu’il devait être et de ce qu’il devait faire. Or lui, entre-temps, n’avait nullement l’intention de faire presque rien de ce que le peuple simple comme les rabbins savants attendaient du Messie.
On attendait du Messie le rétablissement d’un État juif indépendant et fort, l’expulsion des païens de la terre sainte, l’établissement d’un nouveau gouvernement fondé sur la Torah, qui deviendrait l’âge d’or d’Israël. Et, bien sûr, on attendait de lui des miracles, de tels miracles qui résoudraient d’un seul coup tous les problèmes du peuple dans son ensemble comme de chacun de ceux qui lui appartenaient en particulier.
Tous attendaient le triomphe, et personne n’attendait le Jugement. Seul Syméon, qui possédait le don prophétique, comprit tout correctement. Il comprit que le Messie est Celui qui fera tomber beaucoup d’hommes et en relèvera beaucoup, comme on pouvait s’y attendre au jour du Jugement. Un tel homme pouvait voir le Messie : cela n’aurait fait naître en lui ni attentes excessives et injustifiées, ni agitation inutile. Tous les autres devaient encore attendre. Attendre le jour où le Père ferait entrer le Fils dans son ministère terrestre.
