RÉFLEXIONS. Lectionnaire catholique.

RÉFLEXIONS pour Gn 2:4-9

Nous avons l’habitude de nous voir nous-mêmes et les uns les autres comme quelque chose de plus ou moins immuable. Non, bien sûr, nous comprenons tous parfaitement que les gens changent. Mais nous percevons d’ordinaire ces changements comme quelque chose de secondaire. Il y a moi — Ivan Ivanovitch Ivanov. J’ai été enfant autrefois, mais maintenant je suis adulte. Tel que je suis. Avec ma taille, mon poids, mes traits, mes habitudes, mon caractère plus ou moins constants. Avec une âme qui, elle aussi, semble changer et en même temps rester immuable. En somme, un système plus ou moins stable, dans les limites des écarts admissibles. Relativement statique (là encore, dans les limites des écarts admissibles). Avec sa structure immuable. Or la Bible nous décrit, nous les hommes, tout autrement.

Du point de vue de la Bible, nous ne sommes pas du tout un système stable. Ni une structure. Nous sommes un processus. Plus exactement, le croisement de deux processus qui se superposent. L’un est celui que la Bible appelle « âme », « âme vivante (ou qui vit) ». Ce n’est pas une formation immortelle, stable et immuable dans l’homme. Selon le sens du mot hébreu correspondant, c’est un processus, un flux, un mouvement. Un mouvement auquel participe l’homme tout entier. Un flux qui comprend les mouvements spirituels les plus élevés de notre coeur aussi bien que la simple physiologie, comme la respiration et la circulation du sang. Une telle « âme » existe aussi chez les animaux.

Mais nous, les hommes, avons encore autre chose : le « souffle de vie » que Dieu « insuffle » en nous lors de la création. Ce qui fait de nous des hommes. Une théophanie intérieure. Nous ne sommes pas des êtres divins, mais Dieu est présent en chacun de nous. Et c’est cette présence qui fait de nous des hommes. Si, bien sûr, elle détermine notre vie, sa qualité spirituelle. Dans l’état déchu, il peut aussi arriver qu’elle ne la détermine pas. Alors notre « âme » est déterminée par la nature, par le « sang », comme chez tous les animaux dont « l’âme est dans le sang ». Et chez l’homme déchu, l’« âme » aussi peut se trouver « dans le sang ».

Dieu nous a conçus autrement. Il veut lui-même, par sa présence, déterminer la qualité de notre vie, de notre « âme ». Et c’est là où le « souffle de vie » touche l’« âme », à ce croisement de deux processus — spirituel et naturel (car le souffle aussi est un processus, il ne se limite pas à une inspiration et une expiration) — que nous acquérons notre vie humaine. Nous devenons image de Dieu. Puis nous la conservons ou nous la perdons. Car la vie est un processus. Et Dieu nous a laissé déterminer la mesure de sa présence en elle. Comme des êtres libres et responsables. Que Dieu aime et qu’il ne veut donc contraindre à rien, pas même à la reconnaissance. Il nous propose seulement la vie — et dans sa plénitude. Le choix nous appartient.