RÉFLEXIONS. La Bible pour les débutants.

RÉFLEXIONS pour Mc 15:1-15

Dans la situation qui mena à la crucifixion de Jésus, ce qui nous effraie le plus est peut-être précisément qu'elle se soit produite de manière assez ordinaire. Ordinaire en ce sens que le Christ ne fut pas crucifié par d'horribles malfaiteurs ou par des serviteurs du diable poursuivant des buts mystérieux connus d'eux seuls, mais par des gens tout à fait ordinaires, mus par des mobiles et des intérêts tout à fait ordinaires, humains. Si les choses avaient été autrement, nous pourrions nous sentir étrangers à la mort du Sauveur; mais il apparaît qu'en principe n'importe lequel d'entre nous aurait pu y prendre part, si nous avions fait le mauvais choix dans telle ou telle situation de vie très concrète. Qu'est-ce qui poussait ceux qui voulaient se débarrasser de Jésus? Pour certains, comme par exemple une partie de la confrérie pharisienne, Il était un destructeur des fondements et des traditions religieuses, et pour cela déjà Il méritait la mort. Pour d'autres (pour les sommets du Temple, par exemple), Il était une menace pour la paix et le bien-être nationaux; et s'il en était ainsi, qu'Il meure pour le bien et la tranquillité du peuple (Jn 11:50). Pour Ponce Pilate, Il n'était qu'une menace pour son bien-être personnel et sa carrière: quel sens y a-t-il à « se brouiller avec le peuple » s'il est plus simple de faire ce que réclame la foule hurlante et, par là même, de l'apaiser (v. 5-15)? Et les représentants du Temple sont là aussi: l'affaire peut arriver jusqu'à Rome, et alors il ne sera peut-être pas si facile de se laver des accusations (Jn 19:12)... Tous ces mobiles et considérations ont poussé les hommes de tous les temps; il n'y a là rien de nouveau. Mais dans une situation où il faut choisir entre le Christ et quelque chose qui Le masque, ces mobiles et considérations humains deviennent un véritable instrument du diable, et cet instrument agit d'autant plus efficacement qu'il passe inaperçu. Il devient particulièrement dangereux lorsqu'il ne s'agit pas d'un simple égoïsme humain, mais de notions aussi élevées, quoique quelque peu abstraites, que le « bien du peuple » ou la « tradition religieuse ». Bien sûr, ni le souci du bien du peuple ni la conservation de la tradition religieuse ne sont mauvais en eux-mêmes. Le malheur arrive lorsqu'ils passent au premier plan et deviennent une fin en soi. Il suffit de placer le bien du peuple avant Dieu et le Christ pour perdre l'un et l'autre (le destin de la Judée et de Jérusalem en 70 apr. J.-C. en est un témoignage éclatant). Et on ne peut conserver la religiosité en en faisant l'unique but: elle dégénérera spirituellement et mourra. Mais le plus terrible n'est même pas la mort de la religion ni la catastrophe sociale. Le plus terrible, c'est ce qui les précède: le refus de Dieu et du Christ. Ce refus même qui condamne le Sauveur à la croix.