RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Gn 15:1-21

À la lecture du passage d'aujourd'hui, l'attention du lecteur est habituellement attirée par la forme assez étrange et exotique pour nous de la conclusion et de la consécration de l'alliance entre Dieu et Abraham (v. 9-11, 17). Pourtant, pour l'époque d'Abraham, il n'y a là rien d'inhabituel: en ce temps-là, toutes les alliances conclues étaient consacrées ainsi: les animaux offerts en sacrifice étaient coupés en deux, et ceux qui concluaient l'alliance passaient entre les deux moitiés séparées; à partir de ce moment, l'alliance était considérée non seulement comme conclue, mais aussi comme consacrée. Il reste seulement à ajouter que, chez les anciens, le coup de foudre était considéré comme une manifestation de la puissance supérieure et un signe de la présence de la divinité; il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'après le coup de foudre Abraham ne doute pas de la réalité de la présence de son Dieu sur le lieu de l'événement, ni de la réalité de l'alliance conclue (la «langue de feu» mentionnée au v. 17, appelée dans la traduction russe «flamme de feu», était sans aucun doute précisément un éclair, que dans l'Antiquité on appelait souvent «feu céleste»). Mais ce qui est vraiment intéressant est autre chose: la manière dont Abraham vit la rencontre avec son Dieu. Au moment de la rencontre, un «profond sommeil» tomba sur Abraham (v. 12). Le mot hébreu correspondant désigne d'ailleurs moins un «sommeil» qu'une sorte de lourde demi-somnolence, dont il est presque impossible de se débarrasser tant qu'elle ne passe pas d'elle-même. Dans un tel état, l'homme entend souvent la voix de Dieu et voit les visions envoyées par Dieu. Quant à la présence de Dieu elle-même, Abraham la vit comme une «grande ténèbre» qui descend sur lui et d'où souffle une sainte terreur (au v. 12 il est question d'une «terreur et grande obscurité»; littéralement le texte hébreu dit: «et voici: une grande ténèbre terrifiante descendit sur lui»). À première vue, une telle expérience de la proximité de Dieu paraît un peu étrange. Mais, si l'on y réfléchit, elle devient au contraire tout à fait naturelle et compréhensible. Car l'homme ne peut pas voir Dieu en se tenant face à face avec Lui. L'homme ne peut tout simplement pas voir Dieu, nulle part, jamais et en aucune condition, à moins que Dieu Lui-même ne le veuille et ne donne à l'homme la possibilité de Le voir. Et s'Il ne le fait pas, devant les yeux de l'homme qui se tient face à face avec Lui se trouvera précisément une ténèbre impénétrable: car ce que l'homme ne peut en aucune manière ni voir, ni entendre, ni sentir, lui paraît toujours obscur de façon impénétrable. Il n'est pas étonnant que de cette ténèbre souffle une sainte terreur: l'homme fini devant le Dieu infini ne peut éprouver aucun autre sentiment. Et seule la voix qui parvient de la ténèbre impénétrable atteste que Dieu est ici et parle avec Son élu (v. 13-16). Tel fut le commencement du chemin, et le chemin qui s'ouvrait devant lui devait être long. Ce chemin aurait été impossible si Dieu n'était pas allé au-devant de l'homme, car Lui seul peut combler l'abîme qui Le sépare de chacun de nous. Et Il comblera cet abîme, Se limitant pour nous afin que nous puissions entendre Sa voix, voir Sa présence, sentir Son amour. Et enfin viendra le jour où Il accomplira l'impossible: Il fera tenir tout Son être dans les limites étroites et restreintes pour Lui de la nature humaine, afin de nous donner le Royaume.