RÉFLEXIONS. La Bible en cinq ans.

RÉFLEXIONS pour Jb 3:1-26

Les premières paroles de Job furent des paroles de malédiction. Il maudit le jour de sa naissance (v. 3-10). Bien sûr, la première idée qui pourrait venir à l'esprit est que Job est simplement fatigué, fatigué des souffrances qui se sont abattues sur lui avec une régularité effrayante tout récemment. C'est pourquoi il rêve du shéol, du monde des ombres, où tous sont égaux et où cessent toutes les souffrances (v. 11-19). Pour bien percevoir ces plaintes, il importe de se rappeler que les Juifs de l'Antiquité n'avaient pas de représentation de la rétribution après la mort sous la forme qui s'est si largement répandue dans le milieu chrétien à partir du haut Moyen Âge, lorsque se formaient les représentations devenues ensuite traditionnelles du paradis et de l'enfer.

Le judaïsme de l'époque postexilique, où fut écrit le Livre de Job, ne connaissait que l'enseignement sur le dernier Jugement, sur la résurrection universelle au jour du Jugement et sur le Royaume messianique qui devait venir au jour de l'avènement du Messie, lequel, dans la conscience des Juifs croyants de cette époque, était déjà inséparable du jour du Jugement et de la résurrection universelle. Quant à l'après-mort, on pensait qu'il était le même pour tous: après la mort, l'homme devenait une ombre et descendait au shéol, qui était la demeure des ombres. La mort égalisait tous les hommes, et la rétribution ne pouvait venir avant le jour du Jugement et de la résurrection universelle.

Mais Job n'avait rien à perdre, et il était prêt à partir dans le monde des ombres. Et pourtant les choses n'étaient pas si simples. Pour Job, ce qui se révèle apparemment le plus terrible, ce n'est pas qu'il souffre, mais l'absence d'issue de ces souffrances, leur totale absence de motif et l'impasse provoquée par cette absence de motif (v. 20-23). Le juste ne méritait pas la souffrance, et Job avait toutes les raisons de s'étonner; mais le plus terrible était que, ne sachant pas de quoi il était coupable, Job ne pouvait rien faire pour changer la situation. Sa religion liait les souffrances au péché et à l'impiété, à ce qui était pour Job plus terrible que toutes les souffrances. Il lui semblait que Dieu le punissait comme on punit les impies pour leurs péchés, qu'il était lui-même devenu un impie pour Dieu, et il ne pouvait rien y avoir de pire qu'un tel retournement (v. 24-26). Mais le plus terrible était que la religiosité de Job ne pouvait en rien l'aider. Il offrait des sacrifices de purification même lorsqu'il pouvait supposer un péché là où, très possible, il n'y en avait pas du tout; mais maintenant il ne comprenait pas de quoi il devait se repentir ni de quoi il devait être purifié.