RÉFLEXIONS pour Евр 2:5
Il est intéressant de se demander pourquoi l'auteur de l'Épître aux Hébreux s'est soudain mis à parler des anges, affirmant que Dieu a placé à la tête de la création non pas un ange, mais l'homme. Il semblerait qu'il n'y ait pas lieu d'en parler longuement, car la justesse des paroles de l'écrivain sacré devient claire pour quiconque a lu au moins une fois les premiers chapitres du livre de la Genèse. Et pourtant, comme on le voit, il existait dans l'Église certaines tendances spirituelles qui ont poussé l'auteur de l'épître à insister sur l'idée que l'homme n'est nullement inférieur à l'ange. De quoi s'agissait-il donc ? Très vraisemblablement de ces tendances spiritualistes et gnostiques qui commencèrent à se manifester dans la vie de l'Église peu après la catastrophe de l'an 70 apr. J.-C., époque où, semble-t-il, l'épître fut écrite. Avant la catastrophe, le principal problème de l'Église et de son entourage était, semble-t-il, le messianisme politique ; désormais, après l'échec de la révolte messianique et la destruction du Temple, il devenait un messianisme mystique, lié peut-être aux représentations messianiques de certains mouvements juifs sectaires ou semi-sectaires, comme les esséniens. Or ces mouvements se caractérisaient par une spiritualisation de l'image du Messie et du Royaume. Les paroles du Sauveur selon lesquelles Son Royaume « n'est pas de ce monde » étaient comprises dans ce milieu littéralement, de telle sorte que le Royaume commençait à être perçu comme quelque chose de transcendant, sans rapport ni avec notre monde ni avec notre réalité en général. Et, au sujet du Messie, on avançait aussi des hypothèses selon lesquelles Il n'aurait peut-être jamais été Homme, toute Sa vie étant quelque chose comme une apparition angélique, Son corps étant illusoire, et donc illusoires aussi Sa crucifixion et Sa mort même. Sa résurrection n'aurait été que la manifestation de Sa véritable nature non humaine et sa libération de cette apparence de corporéité humaine qu'Il n'aurait pas eue en réalité et ne pouvait pas avoir. Et maintenant l'Église devait s'opposer non plus au messianisme politique, mais à ce mauvais mysticisme, qui ne laissait du christianisme que la forme extérieure, souvent d'ailleurs profondément déformée. L'auteur de l'épître doit donc rappeler encore et encore qu'au centre du monde terrestre se trouve non pas un ange incorporel « pur », mais l'homme. Et Dieu S'est incarné non plus en un ange incorporel « pur », mais en un Homme. Le rappeler afin que l'Église ne cesse pas d'être elle-même : le corps du Christ, rempli de la vie authentique d'un Homme qui a réellement vécu, réellement est mort et réellement est ressuscité.
