RÉFLEXIONS. La Bible en cinq ans.

RÉFLEXIONS pour Qo 6:1-12

Dans ses réflexions sur le sens de la vie, l'Ecclésiaste revient sans cesse à l'idée de l'inutilité de toutes les oeuvres humaines et de tous les efforts que l'homme déploie pour atteindre le but qu'il s'est fixé. Et il ne s'agit même pas de l'impossibilité d'atteindre le but comme tel. Il arrive souvent, selon l'Ecclésiaste, qu'ayant tout, l'homme ne puisse profiter de rien (v. 1-2). On peut vivre de nombreuses années, mais si, pendant toutes ces années vécues, l'homme n'a jamais connu la joie de vivre, on peut dire qu'il n'a pas vécu du tout (v. 3-6).

Comme on le voit, le thème principal des réflexions de l'Ecclésiaste devient la qualité de la vie humaine. L'homme travaille pour sa subsistance, pour le pain matériel, mais sa vie (« son âme ») ne se rassasie pas de ce pain. Et la sagesse, si elle se réduit seulement à des réflexions, à l'abstraction, à la spéculation (à ce que l'Ecclésiaste appelle « errer avec son âme »), ne vaut rien non plus : il importe non seulement de réfléchir, mais aussi de voir de ses yeux (v. 8-9). Comme on le voit, dans sa recherche du sens de la vie, l'Ecclésiaste s'est tellement enfoncé dans les réflexions, les spéculations et les abstractions qu'il en a lui-même senti l'extrême fragilité. Cela n'a rien d'étonnant : car, dans l'ancien Israël, la notion de sagesse a toujours été liée non pas tant à la théorie qu'à la pratique, qu'il s'agisse de la pratique liée au travail artisanal ou artistique, de la pratique des relations sociales, ou enfin, comme dans la littérature sapientielle postexilique, de la pratique d'une vie juste, inséparable de l'observation et de l'accomplissement de la Torah.

Mais toute pratique suppose l'existence d'un sens évident pour celui qui la pratique, sens que l'Ecclésiaste, comme on le voit, a perdu. On peut être juste, mais la justice n'est pas récompensée en ce monde et n'y est nécessaire à personne, sauf au juste lui-même. On peut être un bon gouvernant, mais les mauvais gouvernants restent plus nombreux, et personne n'est capable de changer la vie de la société pour le mieux. Et l'essentiel est que tout finit dans le shéol, qui ôte tout sens : aux efforts de l'homme pour organiser la vie, à toutes les actions d'un bon gouvernant, et même à la justice elle-même. Il ne reste que l'homme face à une force inconnue et aveugle, d'avance plus forte que lui (v. 10). Et alors il devient vraiment tout à fait impossible de déterminer en quoi consiste le sens de la vie humaine, ce qui est meilleur pour l'homme, et comment acquérir une sagesse qui rendrait au moins supportable la vie dans ce monde absurdement hostile (v. 11-12).