RÉFLEXIONS pour Mc 10:23-32
« Beaucoup de premiers seront derniers, et les derniers seront premiers » Que signifient ces paroles ? Pourquoi doit-il en être ainsi ? Nous sommes habitués à ce genre de paroles et plus rien ne nous y étonne. Il est clair que les derniers, les plus pauvres et les plus malheureux, doivent recevoir justice dans l'autre monde, avec honneur et pouvoir. Mais, comme nous l'avons déjà dit plus d'une fois, une telle logique ne dépasse pas la logique des communistes : « celui qui n'était rien deviendra tout ». Et l'on ne peut même pas imaginer unir cette force meurtrière pour l'âme à l'enseignement de notre Seigneur. À la fin de l'époque soviétique, on racontait cette anecdote : en 1917, une vieille princesse regarde par la fenêtre et demande à un passant quel est ce bruit, ce qui se passe. L'homme lui répond que les gardes rouges veulent qu'il n'y ait plus de riches. Étrange, répond-elle, mon grand-père voulait qu'il n'y ait plus de pauvres. Eh bien, cette logique qui retourne le monde sens dessus dessous, à laquelle servaient les bolcheviks, n'a rien de commun avec l'enseignement de notre Seigneur, qui est le Dieu d'une bonté ineffable ; elle n'en est qu'une mauvaise parodie. Essayons donc de penser ce que signifient tout de même ces paroles : beaucoup de premiers seront derniers, et les derniers seront premiers. Imaginons une scène : un groupe de coureurs au départ. On donne le signal et tous commencent la course. L'un prend de l'avance, un autre reste en arrière. Puis, soudain, on donne le signal de revenir en courant au point de départ : qui arrivera le premier ? Évidemment les derniers. Et ce mouvement de retour nous apparaît comme le repentir, car la « metanoia » est un retournement, un retour. Ce n'est qu'une image. Mais pourquoi le Seigneur n'aurait-il pas voulu dire précisément cela ? Rappelons le psaume 84 : tu as remis toutes les iniquités de ton peuple, tu as couvert tous leurs péchés, tu es revenu de l'ardeur de ta colère, ramène-nous, Dieu de notre salut (et la même situation se trouve, par exemple, dans la Vulgate, où retentissent deux fois conversus-converte, ce qui a disparu dans la traduction synodale, où l'on trouve « tu as détourné » et « restaure »). Tout cela nous paraît être un argument, peut-être pas très décisif, mais tout de même un argument en faveur de notre image pour les paroles du Seigneur aujourd'hui, même si nous nous sommes quelque peu écartés de l'usage que l'apôtre Paul fait de cette image.
