RÉFLEXIONS pour Qo 3:1-22
En quoi l'homme qui a compris toute l'absurdité de la vie humaine et des efforts humains peut-il trouver une consolation ? La première chose qui viendrait à l'esprit de chacun serait d'essayer de trouver un sens dans l'éternel cycle des contraires dont se compose la vie humaine (v. 1-8). Si le sens est là, alors, bien sûr, l'activité humaine ne peut avoir aucun sens (v. 9-10). On pourrait plutôt le voir dans la capacité de jouir des dons que Dieu donne à l'homme, et dont l'homme pourrait se réjouir tranquillement et paisiblement, sans précipiter les événements, en goûtant la paix et le repos intérieurs (v. 11-13). Mais tenter de changer le monde, de le perfectionner, est absurde : Dieu lui-même a tout disposé de la meilleure manière ; il ne demande à l'homme qu'une attitude de respect religieux envers lui et n'attend pas que l'homme change quoi que ce soit dans le monde qu'il a établi. Car le monde ne change pas avec le temps et ne doit pas changer (v. 14-15).
Bien sûr, avec une telle approche, il n'est pas question non plus de perfectionner les institutions sociales : chacun se présentera en son temps devant le jugement de Dieu, et tenter de changer les fondements de la société est aussi absurde que tenter de changer les lois de la nature (v. 16-17). Une telle approche est évidemment très éloignée de l'élan des prophètes, qui dénonçaient les transgresseurs des commandements de Dieu, qu'il s'agisse des péchés de personnes particulières ou de toute la société. Mais pour les prophètes, le jour de la venue du Messie et de l'avènement du Royaume messianique était une réalité certaine, et il fallait s'y préparer à chaque minute, comme au jour du Jugement.
Pour Qohélet, en revanche, le Jugement relevait d'un avenir lointain qu'il n'espérait pas vivre lui-même. Il ne lui restait qu'à vivre de cette joie passagère, souvent fugitive, qui lui demeurait encore (v. 22). Tout cela rappelle beaucoup l'attitude envers le monde d'un païen déçu de tout ; en effet, bien que l'appel « saisis l'instant ! » ait retenti un peu plus tard, il était, au fond, proche de beaucoup d'hommes en tout temps. Mais on ne pouvait rien attendre d'autre : désormais, comme on le voit, Qohélet non seulement ne voit plus de différence entre le sort du sage et celui de l'insensé, mais il cesse même de remarquer la distinction entre l'homme et l'animal (v. 18-21). En effet, si la sagesse, la créativité, la moralité et, en général, tout ce qui distingue l'homme de l'animal se perdent avec la mort, qui égalise tous les êtres, au point qu'on ne sait même pas si l'esprit que chacun reçoit de Dieu en venant au monde retourne à Dieu, en quoi l'homme vaut-il mieux que l'animal devant Dieu ?
