RÉFLEXIONS pour Phm 1:14
En regardant la vie de l'humanité déchue, une pensée se glisse parfois involontairement dans l'esprit : et si Dieu, lui-même ou par des personnes spécialement désignées par lui, récompensait et encourageait aussitôt les bonnes œuvres, et arrêtait tout aussi aussitôt les mauvaises en les punissant ? Ne nous trouverions-nous pas alors dans un monde sinon idéal, du moins bien meilleur que celui qui existe aujourd'hui ? À première vue, on peut croire qu'il en serait ainsi. Qui, en effet, voudrait faire quelque chose de mal en sachant qu'il serait puni immédiatement ? Seulement les hommes eux-mêmes n'en deviendraient guère meilleurs. Car la vie spirituelle de l'homme est déterminée avant tout par le choix qu'il fait. Et ce choix doit être volontaire. Or un choix fait seulement par peur du châtiment à venir ne peut en aucun cas être appelé volontaire. À proprement parler, ce n'est même pas un choix : on ne peut appeler choix qu'une décision prise librement, sans aucune pression extérieure. Bien sûr, la pression ne conduit pas toujours aux résultats voulus ; souvent la liberté intérieure l'emporte sur l'influence extérieure, et le choix se fait malgré une situation qui ne favorise pas du tout une décision libre. Mais, dans notre monde hypothétique, la source du bien devrait justement être l'absence de liberté, garante d'une conduite correcte ! Il apparaîtrait alors que les gens, dans un tel monde, ne seraient pas devenus meilleurs ; ils paraîtraient seulement bons, contraints de jouer le rôle correspondant. Or dans le Royaume, il ne faut pas jouer un rôle, mais vivre ! Dieu refuse donc de contraindre les hommes au bien. Et Paul, en homme de Dieu, ne peut pas ne pas le comprendre ; lui non plus ne veut forcer personne à faire de bonnes œuvres par contrainte, même s'il ne s'agissait pas d'une contrainte par la force, mais par exemple par l'autorité ou par la pression de l'opinion publique. Car son but n'est pas d'obliger son destinataire à bien se comporter, mais de lui montrer le chemin du Royaume. Un chemin que l'on ne peut parcourir que librement.
