RÉFLEXIONS pour 1Jn 2:18-29
Qui l'apôtre désigne-t-il lorsqu'il parle des « antichrists » ? Notre usage actuel associe la figure de l'antichrist à quelque chose d'infernal : pour nous, l'antichrist est nécessairement une créature de l'enfer. Or Jean emploie manifestement ce mot dans son sens premier : l'antichrist est celui qui s'oppose au Christ, au Messie. Un adversaire du Messie. Et l'apôtre propose ce qui semble être l'une des premières professions de foi chrétienne de l'histoire de l'Église, qui tient en une phrase : celui qui n'accepte pas Jésus comme Christ, comme Messie, n'est pas chrétien. En refusant cette reconnaissance, l'homme perd aussi le Père, et la communion même avec Dieu lui devient impossible. Une telle affirmation peut paraître trop rigoureuse.
Elle semble aussi contredire l'expérience de la vie spirituelle : il est difficile aujourd'hui de douter que l'expérience de la communion avec Dieu soit possible dans d'autres traditions que la tradition chrétienne. Mais Jean apporte une précision essentielle. Il dit des antichrists qu'il mentionne qu'ils « sont sortis de chez nous », du milieu chrétien, de l'Église. Ils ont ainsi prouvé qu'ils « n'avaient jamais été des nôtres ». Il s'agit manifestement non de simples non-chrétiens, mais de chrétiens apostats. De ceux qui étaient déjà entrés dans l'Église et qui l'ont ensuite quittée de leur propre volonté.
Non de ceux qui cherchent leur chemin spirituel ou l'ont trouvé hors de l'Église, mais de ceux qui se sont détournés de leur chemin ou y ont renoncé complètement. Un tel renoncement risque toujours d'entraîner de graves conséquences spirituelles, jusqu'à la perte de la possibilité d'une communion consciente avec Dieu. Cela ne concerne pas seulement les chrétiens, même si leur responsabilité est évidemment particulière. Tout abandon de son chemin spirituel, quel qu'il soit, conduit à des conséquences analogues. Simplement parce que chaque pas sur un chemin spirituel change l'homme, objectivement et irréversiblement.
En quittant l'Église, l'homme ne revient pas à l'état où il se trouvait avant sa conversion et son baptême. Après le baptême, il est tout simplement impossible d'y revenir. On peut devenir incroyant et étranger à la vie de l'Église, mais on ne peut redevenir « non baptisé ». Une vie spirituelle qui n'est pas vécue jusqu'au bout est une chose pénible : elle finit toujours par se venger. Les possibilités données à l'homme peuvent détruire sa vie s'il refuse de les utiliser. Et cela est plus vrai encore des possibilités spirituelles que de toutes les autres.
