RÉFLEXIONS pour 1Jn 1:1-10 — le 17 décembre 2024

RÉFLEXIONS pour 1Jn 1:1-10

Jean commence sa lettre par des affirmations qui peuvent sembler s'exclure mutuellement. D'un côté, il dit que, si nous demeurons (« marchons ») dans les ténèbres, nous sommes hors de la vérité, et donc hors du Christ. De l'autre, il apparaît que, si nous affirmons à nous-mêmes et aux autres que nous sommes sans péché, nous nous trompons ou nous nous mentons à nous-mêmes et aux autres. Il ne s'agit pourtant pas ici d'une contradiction, mais de cette antinomie de la vie spirituelle que connaissait, avant même la venue du Christ, quiconque s'était engagé sur le chemin de la justice. C'est précisément cette antinomie qui décrit la justice en tant que telle — au sens biblique, bien entendu.

La justice n'est pas propre à l'homme ; elle n'est propre qu'à Dieu seul. Pour l'homme, elle n'est ni une propriété ni une qualité, mais un état dans lequel il peut demeurer à condition d'être en communion constante avec Dieu. Demeurer dans cet état de justice, c'est aussi demeurer dans la présence de Dieu. S'agissant de la vie chrétienne, il faut parler d'une demeure dans le Royaume. C'est précisément ce que l'apôtre rappelle aux destinataires de sa lettre : le christianisme est toujours ce même chemin de justice, mais avec le Christ et dans Son Royaume. La situation a changé, les circonstances du chemin ont changé, mais le chemin de la justice lui-même reste le même. Et l'homme doit toujours le parcourir, s'il veut, bien sûr, entrer dans le Royaume.

Mais le chemin chrétien ne peut s'achever avant la transformation complète de la nature humaine, qui ne sera possible qu'au jour du retour du Sauveur et du triomphe total du Royaume. Jusque-là, tant que nous sommes en chemin, il est encore trop tôt pour parler de justice. Elle n'est qu'un état, facile à perdre si l'on ignore la réalité de sa propre condition pécheresse, inhérente à la nature humaine déchue. Il s'agit précisément des propriétés de la nature humaine déterminées par la chute, et d'un état qui leur est opposé. C'est ainsi que le péché et la justice coexistent dans la vie d'une seule et même personne qui cherche le Royaume. La question est seulement de savoir ce que l'homme choisit dans sa vie, où et en quoi s'enracine sa volonté.

S'il considère le péché comme normal, s'il « marche dans les ténèbres », il ne saurait être question de vérité au sens du chemin de la justice. Mais il ne convient guère non plus d'ignorer la réalité du péché : pour apprendre à demeurer dans cette justice, le réalisme spirituel et moral est essentiel. Sans lui, le chemin risque de mal finir : vivre dans les rêves et les illusions sur soi-même ne favorise pas une vie spirituelle saine. C'est cette antinomie fondamentale de la vie spirituelle que Jean rappelle à ses lecteurs pour qu'ils ne s'égarent pas.