RÉFLEXIONS pour Lc 20:27-44
La question posée au Christ, dans la lecture de ce jour de l'Évangile selon Luc, par les sadducéens qui ne croient pas à la résurrection des morts n'est pas aussi dénuée de fondement qu'il pourrait sembler à première vue. En effet, que peut-on y répondre ? Que représente la résurrection des morts pour cette vie, et comment les relations nouées ici se poursuivent-elles en elle ? Mais le Seigneur refuse de prendre la vie terrestre comme point de référence et révèle ainsi la faiblesse de la position des sadducéens. Ceux-ci tiennent notre vie terrestre actuelle pour première et cherchent à envisager la vie éternelle par rapport à elle. L'éternité apparaît alors comme une sorte de prolongement indéfini de la vie terrestre. Les conceptions archaïques des anciens Sémites évitaient résolument cette idée : pour eux, c'était la perpétuation de la lignée qui figurait l'éternité. De là était née la disposition de la Loi à laquelle les sadducéens se réfèrent.
Dans leur question, les sadducéens associent habilement leurs conceptions extrêmement abstraites de l'éternité à une règle de la loi archaïque, en supposant implicitement que chaque lettre de celle-ci a été directement dictée par Dieu et contient l'essence de la Révélation pour tous les temps. Tout est faux ici ; aussi leur question raffinée s'effondre-t-elle devant un seul argument simple du Seigneur Jésus. Dans le passage parallèle, l'évangéliste Matthieu rapporte le reproche du Christ : « Vous vous égarez, parce que vous ne connaissez ni les Écritures ni la puissance de Dieu. » Il n'en est rien, dit le Christ aux sadducéens. L'essentiel de Sa réponse est l'affirmation que l'éternité n'est pas telle qu'ils l'imaginent. Elle n'est pas le prolongement temporel de cette vie terrestre ; au contraire, la vie terrestre peut, sous certains aspects, être une image, un reflet de la vie céleste. C'est précisément pourquoi toutes les institutions nécessaires et porteuses de sens dans des conditions historiques données ne contiennent pas forcément un germe d'éternité.
Évoquant ensuite l'apparition de Dieu à Moïse dans le buisson ardent, le Christ dit que la résurrection est une réalité parce que Dieu est ainsi. Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants, et tous sont vivants pour Lui. La source de la résurrection pour les hommes est donc Dieu Lui-même, et non tel ou tel phénomène de la vie terrestre. C'est l'idée centrale, décisive, de l'enseignement du Nouveau Testament sur le salut. Le Christ invite les hommes à chercher d'abord le Royaume de Dieu et Sa justice, à chercher Dieu Lui-même, non dans un avenir hypothétique, mais ici et maintenant. Pour Lui, l'éternité n'est pas la continuation de la vie terrestre, mais l'irruption souveraine du Royaume de Dieu dans le cœur de l'homme. Cette irruption de l'éternité transforme la vie terrestre et soumet ses lois à son autorité, comme le montre l'exemple donné par le Christ. Selon les critères terrestres, le Christ est un descendant de David et ne peut être plus grand que David lui-même. Selon les critères de l'éternité, en revanche, Il est le Seigneur de tous.
