RÉFLEXIONS pour Jn 13:21-38
La lecture de ce jour nous permet de mieux comprendre la nature du Royaume et ce qui le distingue de notre monde, qui n'est pas encore transformé. Il s'agit des paroles prononcées par Jésus lors de la Cène et généralement appelées le « commandement de l'amour » (versets 34–35). À première vue, ces paroles paraissent quelque peu étranges. En effet, que pouvaient trouver de nouveau les apôtres dans un appel à l'amour mutuel ? La nécessité d'aimer son prochain est largement évoquée dans l'Ancien Testament, les écrits des rabbins érudits et les enseignements des maîtres de la Torah. Pourtant, les paroles de Jésus contenaient quelque chose dont personne n'avait parlé avant Lui. Ce n'est pas un hasard si l'appel à l'amour mutuel suit immédiatement Ses paroles sur la gloire dont le Père est glorifié dans le Fils, et le Fils dans le Père (versets 31–32). La « gloire » désigne ici manifestement la présence de Dieu qui a accompagné le peuple juif tout au long de son histoire, depuis l'Exode, et qui a demeuré d'abord dans le Tabernacle, puis dans le Temple. Il n'est donc pas étonnant que le Royaume soit lui aussi pénétré de cette présence. Mais ce sont les disciples de Jésus qui devaient porter le Royaume dans notre monde en cours de transformation ; cette tâche a été confiée aux apôtres et à ceux qui deviendraient leurs disciples (Jean 17,18–21). Et c'est apparemment aux manifestations de l'amour, signes du Royaume apporté au monde par le Sauveur, que l'on reconnaît le plus facilement les disciples de Jésus. Bien sûr, de telles manifestations de l'amour étaient connues avant la venue du Christ. Au sens biblique, l'amour n'est pas d'abord une émotion, mais une attitude envers autrui. Celui qui aime n'est pas celui qui admire l'être aimé ou s'en émerveille, ni, bien entendu, celui qui le flatte, mais celui qui lui veut du bien — non en paroles seulement, mais en actes. Dans le Royaume, cependant, l'amour devient davantage qu'une simple attitude. Toute relation suppose une interaction avec celui à qui elle nous lie, et l'interaction n'est possible qu'au sein d'un milieu déterminé qui lui sert de véhicule. Dans notre monde, qui n'est pas encore entièrement transformé, ce milieu est celui de la vie psychique, lié aux manifestations de notre vie intérieure qui ne dépassent pas l'ordre existant des choses. Ce qu'on appelle l'amour terrestre n'est que le reflet du Royaume pénétrant dans un monde atteint par le mal et le péché. Jésus, Lui, parle d'un amour que l'on peut considérer comme une manifestation du Royaume lui-même, d'un amour qui constitue, pour ainsi dire, la substance même du Royaume. L'homme est incapable d'un tel amour ; il ne peut le recevoir que comme un don transmis par le Sauveur de la part du Père. Mais il peut devenir porteur de cet amour dans un monde qui attend sa transformation et son renouvellement, et c'est manifestement à cela que Jésus appelle Ses disciples. Il les appelle à accueillir le Royaume, à y entrer, à y demeurer et, en vivant dans le Royaume, à le porter avec eux et à le manifester au monde. C'est là la tâche principale et unique de l'Église. Tout le reste n'est qu'un moyen de l'accomplir.
