RÉFLEXIONS pour Lc 19:45-48 — le 10 décembre 2024

RÉFLEXIONS pour Lc 19:45-48

L'expulsion des marchands du Temple est sans doute l'un des épisodes évangéliques les plus connus. Mais que signifie-t-elle ? On pourrait certes tout réduire à l'indignation devant la « bassesse » de ce qui s'y passait. Pourtant, le commerce pratiqué dans la cour du Temple et sous les colonnades qui l'entouraient n'était pas ordinaire ; il était, pour ainsi dire, « sacré ». On y vendait ce qui était nécessaire aux sacrifices : des brebis, des chèvres, des colombes et tout ce dont avait besoin le pèlerin, voire parfois l'habitant du lieu qui, en tant que citadin, ne pouvait se le procurer autrement. Certes, même ce commerce n'était pas tout à fait légal du point de vue de la Torah : le Temple est le Temple, et le commerce est interdit dans son enceinte, même dans ce que nous appellerions aujourd'hui des locaux de service.

À l'époque évangélique, on contournait manifestement sans difficulté cette interdiction en invoquant, d'une part, des interprétations « ingénieuses » des dispositions légales concernées et, d'autre part, l'utilité pratique et une tradition établie qui comptait peut-être déjà plusieurs siècles. Mais ni l'une ni l'autre ne font apparemment autorité pour Jésus : Il agit avec la détermination d'un prophète, à qui l'on permettait parfois ce qui était interdit aux autres. Il n'y a guère de raison de douter qu'il s'agisse précisément d'un acte prophétique, comparable à ces gestes symboliques qu'accomplissaient parfois les prophètes : des gestes qui pouvaient sembler étranges, voire provocateurs, mais qui avaient toujours un sens spirituel bien défini.

Bien sûr, une seule action de ce genre ne pouvait rétablir l'ordre : tout devait bientôt reprendre son aspect antérieur dans la cour du Temple. Mais le but du Sauveur était autre : attirer l'attention sur la violation habituelle, devenue presque traditionnelle, d'un commandement donné par Dieu, d'une loi établie par Lui.

Une violation que l'on peut certes justifier par l'utilité ou la tradition, mais qui n'en cesse pas pour autant d'être une violation. Et ce geste de Jésus n'était évidemment pas spontané. Son attitude envers la Torah et la tradition en général était précisément celle-ci : Il ne rejetait ni l'une ni l'autre, mais rendait à chacune son sens originel.

Si l'on observe la Torah, il faut le faire jusqu'au bout, sans compromis et sans déférence envers une tradition, si ancienne soit-elle, lorsqu'elle contredit le commandement. Et si l'on suit la tradition, il faut le faire en comprenant pleinement son véritable sens, sans lequel elle dégénère en préjugé ou en rite vide de sens. Car la Torah et la tradition authentique auront leur place dans le Royaume. Les compromis spirituels et les préjugés, en revanche, guère.