RÉFLEXIONS pour Lc 19:12-28 — le 6 décembre 2024

RÉFLEXIONS pour Lc 19:12-28

Comme toutes les paraboles du Sauveur, la parabole des dix mines, comme on l'appelle habituellement, parle du Royaume. On l'interprète parfois en ce sens que les serviteurs sont ces chefs, ces guides spirituels du peuple de Dieu, auxquels Dieu a confié Son peuple au cours de sa longue histoire préchrétienne, tandis que le Roi est le Messie venu demander des comptes. Mais une telle interprétation « historique », même si on peut la considérer comme partiellement juste, ne saurait en aucun cas être qualifiée d'exhaustive.

La parabole comporte un autre aspect, qui concerne précisément le Royaume et qu'il faut sans doute considérer comme essentiel. L'image du Roi qui s'absente pour un temps afin de revenir couronné est manifestement liée à l'époque du Royaume qui vient, celle où nous vivons. Le Sauveur nous quitte effectivement, pour ainsi dire, nous et notre monde, le jour de Son ascension, afin de revenir un jour en Roi triomphant du Royaume victorieux. En Son absence, Ses serviteurs s'emploient à accroître les revenus de Son Royaume.

L'argent et sa circulation ne sont ici qu'un symbole. Il ne s'agit pas d'accumuler des richesses, fussent-elles « spirituelles », mais de la nature même du Royaume, de ce souffle de Dieu qui le pénètre. La respiration est un processus ; on ne peut l'arrêter : le souffle qui s'arrête disparaît, tout comme l'argent disparaît imperceptiblement si on ne le fait pas fructifier.

Le don du Roi, chair de la chair de Son Royaume, disparaît lui aussi, se perd, s'il n'y a ni confiance en Celui qui donne, ni volonté d'agir pour que le don se déploie, accroissant la plénitude du Royaume et élargissant ses frontières dans notre monde. Le Royaume est dynamique ; la vie en son sein est un processus spirituel qu'il ne faut pas arrêter. Il peut cependant s'arrêter par manque de confiance en Celui qui donne, lorsque le bénéficiaire du don voit ce qu'il a reçu comme un fardeau qu'on lui a imposé pour le prendre ensuite en faute et le punir, et non comme la possibilité de participer à un événement unique et sans pareil : la formation et le déploiement spirituels du Royaume dans un monde qui l'attend et le redoute tout à la fois. Mais si cet arrêt se produit malgré tout, celui qui s'est arrêté et s'est coupé de la vie du Royaume ne reçoit rien à la fin.

Bien sûr, le Sauveur n'est pas tel que se L'imaginait le serviteur rusé, qui avait fait tout son possible pour qu'on ne puisse rien lui reprocher. Pourtant, « je te jugerai sur tes propres paroles », lui dit Jésus : tu Me croyais tel que Je t'apparaissais, tu ne M'as jamais connu tel que Je suis réellement, parce que tu ne voulais pas Me connaître ; eh bien, pour toi, Je serai tel que tu t'attendais à Me voir. Je ne voulais pas être pour toi un juge sévère et impitoyable. Mais si tu ne connais et n'acceptes d'autres relations que formelles et juridiques, si, en réponse à Mon amour, tu peux seulement dire : « Reprends Ton argent et laisse-moi tranquille, je ne Te dois plus rien », alors Je ne te dois rien non plus. Mon Royaume n'est pas pour toi. Il est pour ceux qui savent recevoir sans compter ce qu'ils reçoivent et donner sans compter ce qu'ils donnent.

Cette attitude du Sauveur envers ceux qui Lui rendent ce qu'ils ont reçu sans chercher à faire quoi que ce soit pour Lui n'a rien d'étonnant. Car, dans le Royaume, il n'y a vraiment rien à compter ni personne avec qui régler ses comptes. On y reçoit tout, en plénitude, autant qu'on peut accueillir. Et, en retour, on se donne tout entier. Intégralement. Sans rien garder pour soi.