RÉFLEXIONS pour He 3:7-19
L'appel de l'auteur de l'épître à ne pas se détourner du Dieu vivant paraît moins inattendu qu'évident. Pourtant, au regard de tout ce qu'il a dit, une question se pose : pourquoi en vient-il soudain à cette exhortation ? Le contexte de l'épître permet cependant de comprendre et d'éclairer bien des choses. Il est en effet question du Messie, de Son identité : est-Il un Homme ou quelque grand ange ? Or la représentation du Messie sous les traits d'un grand ange pouvait notamment être liée aux événements de l'an 70, qui, aux yeux des chrétiens, marquaient la fin de l'histoire.
En effet, Jésus Lui-même, lorsqu'Il parle à Ses disciples des derniers jours, présente la destruction de Jérusalem et du Temple comme des événements précédant Son retour et le triomphe complet du Royaume. Et voici que ce qu'avait annoncé le Sauveur s'est accompli, tandis que Lui-même ne revient toujours pas. Dans ce contexte, beaucoup de chrétiens ont probablement décidé qu'il fallait revoir les conceptions de l'histoire, et peut-être même du Messie Lui-même, qui s'étaient établies à cette époque : il s'agissait déjà de la troisième génération chrétienne.
C'est précisément à cette époque que commencent à se répandre parmi les chrétiens toutes sortes de suppositions fantastiques : le retour du Messie aurait déjà eu lieu, mais tous ne L'auraient pas vu, seulement ceux à qui cela avait été donné, parce qu'Il ne serait en réalité nullement un homme, mais justement ce grand ange que l'on ne voit pas si facilement. Bref, il était question d'un tout autre « messie », d'un « messie » mystérieux et mystique, venant à quelques initiés, à ceux qui sont « dignes du salut ». Toutes ces chimères n'avaient évidemment aucun rapport avec le véritable Messie dont témoignent les évangélistes. Et fuir la dure réalité dans un monde de telles chimères revenait, en fait, à trahir le Christ, ce que l'auteur de l'épître rappelle à ses lecteurs.
