RÉFLEXIONS pour 1P 2:1-10
Pierre parle de la vie chrétienne comme d'un chemin de formation spirituelle pour chaque chrétien, auquel le Christ Lui-même participe directement. Ce n'est pas un hasard si l'apôtre parle de la parole et du « lait de la parole », qui compte autant, spirituellement, pour la formation des chrétiens que le lait matériel pour le développement physique du nourrisson.
Quand on parlait de la parole de Dieu à cette époque, on entendait avant tout la Torah, non seulement comme texte, bien sûr, mais aussi comme révélation adressée à l'être humain. Il s'agit de ce que l'on appelait alors la Torah intérieure : des commandements perçus non comme des normes juridiques ou morales, mais comme les intentions de Dieu adressées directement à la personne. C'était véritablement la parole de Dieu, non pas entendue de la bouche d'autres hommes, de maîtres ou de prédicateurs, mais reçue directement de Dieu par ceux à qui elle était adressée.
La Torah intérieure ne devenait pas seulement un impératif spirituel et moral pour celui qui la suivait : elle donnait forme et cadre à la communion directe avec Dieu, devenant une structure intérieure qui soutenait spirituellement la personne. Si la religiosité extérieure ressemble, à cet égard, à un corset soutenant le corps du dehors, la Torah intérieure ressemble davantage à un squelette, qui le soutient du dedans sans limiter sa mobilité. Le résultat devait être la transformation de la personne en une « pierre spirituelle » qui, selon les paroles de l'apôtre, pourrait faire partie d'une maison dont le fondement est le Christ ressuscité Lui-même. Ce n'est pas un hasard si Pierre mentionne, dans ce contexte, un « sacerdoce saint » et des « sacrifices spirituels ».
L'essence de tout sacrifice offert dans le culte de Yahvé est la communion avec Dieu, le fait de demeurer en Sa présence, un repas partagé entre Dieu et les hommes. Il incombait aux prêtres de réunir deux mondes : le monde sanctifiant de la présence de Dieu et le monde terrestre sanctifié par cette présence. Désormais, après la venue du Christ et la manifestation du Royaume au monde, ce sont précisément les habitants du Royaume qui deviennent prêtres : le monde est maintenant sanctifié à travers eux. C'est en ce sens que l'on peut parler de « sacrifices spirituels » : si le sacrifice est avant tout communion avec Dieu et demeure en Sa présence, toute la vie du chrétien doit alors devenir un « sacrifice », précisément au sens de cette demeure en Sa présence.
Mais sans la Torah intérieure, cela est impossible. Sans elle, le Royaume restera pour l'être humain quelque chose de purement extérieur, car, intérieurement, il ne sera nullement prêt à accueillir ni sa puissance ni son souffle, et moins encore à les garder et à les porter dans le monde. Or c'est précisément cette tâche que Pierre assigne aux chrétiens : porter le Royaume dans le monde en devenant des pierres vivantes du Temple spirituel. Ni plus ni moins.
