RÉFLEXIONS pour Lc 17:26-37
À en juger par les paroles du Sauveur, Son retour prendra le monde au dépourvu. Il faudrait pourtant parler plutôt d'une surprise attendue : ce n'est pas un hasard s'Il compare Lui-même la situation au déluge et à la destruction de Sodome. Pourquoi en est-il ainsi ? Les livres du Nouveau Testament parlent suffisamment du jour du retour de Jésus et du triomphe du Royaume. Manifestement, ce n'est pas un manque d'information qui est en cause. Il s'agit plutôt du sérieux avec lequel nous la prenons. Aujourd'hui, ce n'est un secret pour personne que, même parmi les chrétiens, beaucoup abordent de manière quelque peu inadéquate le thème de la seconde venue du Christ.
D'un côté, les chrétiens d'aujourd'hui en ont peur. Rien d'étonnant à cela : on associe souvent la seconde venue du Sauveur à des horreurs et à des catastrophes. Certes, le Livre de l'Apocalypse parle de cataclysmes et de catastrophes, mais il s'achève tout de même par la description d'un ciel nouveau et d'une terre nouvelle, ainsi que de Jérusalem descendant du ciel, symbole de l'Église triomphante. Beaucoup ignorent pourtant ce dénouement, et aujourd'hui, même les chrétiens entendent le plus souvent par « apocalypse » non pas une révélation, ce que signifie le mot grec correspondant, mais une catastrophe ultime et définitive qui mettra fin à l'existence de l'humanité.
D'un autre côté, ce n'est pas non plus un secret que beaucoup de chrétiens se satisfont aujourd'hui des conceptions médiévales des récompenses et des châtiments après la mort, du paradis et de l'enfer, dont il faut chercher les racines moins dans la Bible que dans les conceptions religieuses traditionnelles égyptiennes ou grecques. Pour beaucoup de chrétiens, le christianisme en est venu à être associé moins au Messie et au triomphe à venir du Royaume qu'à l'obtention d'un heureux au-delà par l'observance de telles ou telles prescriptions religieuses. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que le retour du Sauveur devienne, même pour le monde « chrétien », cette surprise attendue. Et, à en juger par les paroles du Sauveur, il ne saurait alors être question de se préparer à Le rencontrer, Lui et le Royaume : ou bien on vit de la vie du Royaume et l'on est « pris », ou bien on n'en vit pas et l'on est « laissé ».
Rien d'étonnant à cela : la vie du chrétien dans le Royaume est un long processus ; c'est bien une vie qui transforme la personne, parfois lentement, mais sans relâche. Jusqu'au retour du Sauveur, ces personnes peuvent vivre côte à côte avec ceux qui n'ont pas part au Royaume. Mais quand Il reviendra, il sera trop tard pour commencer à vivre pleinement une vie spirituelle : s'enraciner dans le Royaume demande aussi du temps. Certes, on peut faire un dernier choix même au jour du Jugement. Mais ceux qui le feront devront probablement être sauvés, selon l'image employée par l'apôtre Paul, comme en bondissant hors du feu. Ce n'est pas la meilleure solution, mais mieux vaut encore cela que rien.
