RÉFLEXIONS. La réflexion principale.

RÉFLEXIONS pour Екк 7:27-29

Que cherche l'Ecclésiaste? Dieu? Au fond, oui. Mais lui-même perçoit sa recherche autrement. Il cherche la réalité authentique. On pourrait dire: la Réalité avec une majuscule, si une telle Réalité ne s'associait pas aujourd'hui pour nous à ce que nous définissons comme «spirituel» ou «divin». Mais que mettons-nous derrière ces mots? Les mots, surtout de tels mots, ont depuis longtemps été dévalués, non seulement par des chrétiens peu scrupuleux, mais aussi par des théologiens et des philosophes parfaitement scrupuleux, chaque fois convaincus d'avoir enfin trouvé quelque chose de vraiment spirituel et de véritablement divin.

Il apparaît qu'aux temps où vivait l'Ecclésiaste, la dévaluation des mots était déjà une triste réalité. L'Ecclésiaste lui-même est religieux, il sait quelque chose de Dieu, mais soudain il s'avère qu'il ne connaît pas vraiment Dieu. Ou presque pas. Mais il y a trop de mots, et l'Ecclésiaste préfère les éviter. Il ne parle même pas de réalité; il préfère parler de choses très concrètes, assez tangibles. Mais c'est bien la réalité qu'il cherche.

Et même la Réalité avec une majuscule. Il la cherche prudemment, comme en palpant tout ce dont se compose la vie, la sienne et celle des autres: qu'est-ce qui est authentique là-dedans? Qu'est-ce qui est vraiment réel, et qu'est-ce qui ne fait que paraître tel? La mort est plus réelle que la vie, la tristesse est plus proche de la réalité que la joie et l'allégresse. Conclusion étrange, semble-t-il, mais dans le monde déchu c'est bien ainsi. Si la mort est définitive, alors la vie est soit une absurdité, soit une mauvaise plaisanterie de Dieu envers l'homme.

Avec un Dieu qui peut plaisanter ainsi, il faut être prudent et circonspect. Et la sagesse... elle aurait un sens si elle pouvait donner la vie. Mais ce n'est pas le cas; la sagesse ne peut délivrer personne ni de la mort, ni même du mal dans lequel gît le monde. On peut minimiser le mal; pour cela, il faut laisser couler librement tout ce qui coule. On ne peut rien changer, on peut seulement se fondre dans le flot de la vie sans lui résister. Conclusion presque taoïste, mais l'Ecclésiaste cherche l'authentique dans les limites de ce monde.

Or ici, seul est authentique le mouvement éternel, le flot de la vie dans lequel se dissolvent et duquel naissent ensuite de nouveau toutes les formes et tous les événements. Et peu importe alors d'appeler ce flot «dao», comme les philosophes chinois, ou «logos», comme les philosophes grecs. L'Ecclésiaste ne lui donne aucun nom, mais le sent très clairement. Il a trouvé dans le monde quelque chose de réel, mais cela ne paraît pas lui avoir rendu la vie plus facile ni plus joyeuse.