RÉFLEXIONS pour Ac 26:1-32 — le 12 novembre 2024

RÉFLEXIONS pour Ac 26:1-32

La lecture d'aujourd'hui nous permet de voir plus nettement tout le paradoxe de la prédication de Paul, ainsi que de son ministère dans son ensemble. Ce n'est pas un hasard si, au début de son plaidoyer, l'apôtre s'adresse tout particulièrement au roi Agrippa : il sait que celui-ci connaît les coutumes juives et est au courant de tous les débats et désaccords de la Synagogue (v. 2–3). En effet, la défense de Paul repose exclusivement sur la tradition de l'Ancien Testament (v. 4–20). Pour lui, semble-t-il, les événements évangéliques deviennent l'accomplissement des promesses faites par Dieu à Son peuple à travers les prophètes qui ont vécu plusieurs siècles avant la venue du Christ (v. 6–8). En cela, il reste pleinement un fils de son peuple et un porteur de sa tradition. Pourtant, ni l'un ni l'autre ne l'empêche d'accomplir la volonté de Dieu, même lorsqu'elle contredit, du moins extérieurement, la tradition religieuse et les valeurs nationales telles qu'on les comprenait alors. Dieu envoie Paul vers les païens, et il va là où il est envoyé : la mission auprès des païens devient le sens de sa vie et de son ministère (v. 12–20). C'est là que réside le paradoxe : Paul reste fidèle à la tradition tout en paraissant la rejeter, et élargit les frontières du peuple de Dieu tout en paraissant les estomper. En effet, en ouvrant le Royaume à tous, qu'ils appartiennent ou non au peuple juif, l'apôtre semble, à première vue, trahir à la fois le judaïsme et la judéité. En réalité, il transforme en profondeur aussi bien la tradition que son propre peuple, en les faisant entrer dans le Royaume. Car ni la religion ni la nation ne peuvent exister dans le Royaume sous leur forme ancienne, et Paul a montré par son propre exemple ce que deviennent l'une et l'autre en ayant part au Royaume. Ses paroles ne font cependant aucune impression sur le païen Festus, qui les prend pour le délire d'un philosophe égaré dans des spéculations abstraites (v. 24). Mais elles ont manifestement touché Agrippa, qui connaît la tradition juive (v. 26–29). Quoi qu'il en soit, ses juges ne trouvent apparemment rien qui mérite à l'apôtre la mort ou l'emprisonnement (v. 30–32). Rien d'étonnant à cela : les païens entièrement étrangers à la tradition juive voyaient dans tout ce qu'il disait une affaire interne aux Juifs, qui ne les concernait nullement ; quant à Agrippa, il n'était apparemment pas assez religieux pour emprisonner, et moins encore exécuter, un homme en raison de désaccords religieux. Et Paul part pour Rome.