RÉFLEXIONS pour Ac 19:23-40 — le 4 novembre 2024

RÉFLEXIONS pour Ac 19:23-40

La lecture d'aujourd'hui nous fait à nouveau réfléchir à ce qu'est une foule et à ce qu'est l'homme de la foule. L'incident d'Éphèse était sans aucun doute motivé non par des considérations idéologiques, mais par des raisons strictement pratiques : un artisan nommé Démétrius ne cherche même pas à cacher qu'il craint avant tout pour son commerce, auquel la prédication de Paul pourrait, pense-t-il, porter préjudice (v. 23–26). Mais aussitôt, comme s'il se reprenait et comprenait que ce seul argument ne suffirait pas à une accusation, il trouve un motif plus « élevé » à son indignation : il ne s'agirait pas seulement du profit des fabricants d'images sacrées, mais aussi de la profanation d'autels vénérés dans le monde entier, si bien qu'on pourrait désormais parler de crime contre l'État (v. 27). Rien d'étonnant, bien sûr, à cette « logique » : de tout temps, les hommes ont eu tendance à défendre leurs intérêts sous le couvert de ceux de l'État. Mais le plus remarquable est que même cette argumentation si simple n'intéresse guère la foule rassemblée : elle ne répond que par des cris, « Grande est l'Artémis des Éphésiens ! » (v. 28). Les événements s'accélèrent alors : la foule grossit comme une boule de neige, saisissant ceux qu'elle estime coupables (v. 29–31). Pourtant, tous les présents n'avaient pas une idée claire de ce qui se passait (v. 32). Nous voyons ici le comportement typique de l'homme de la foule qui, devenu partie d'une masse déchaînée, se perd entièrement comme personne. Il est absolument impossible de parler à des gens dans cet état : non seulement ils ne veulent écouter personne, mais ils ne le peuvent pas (v. 33–34). Pour entendre, il faut encore rester un être humain ; or, dans la foule, il n'y a tout simplement pas d'hommes au sens biblique, d'hommes qui conservent l'image de Dieu : celui qui s'abandonne au pouvoir de la foule renonce volontairement à cette image. Seuls fonctionnent les instincts élémentaires et les schémas de comportement les plus simples : la peur de la force, la soumission à un meneur qui, comme le Démétrius du récit, peut n'être au fond qu'un personnage fortuit, et des cris dépourvus de sens mais excitants. Diriger une telle masse n'est pas très difficile, mais c'est très dangereux : son comportement est trop peu prévisible. Rien d'étonnant à ce que le représentant de l'autorité fasse tout pour calmer et disperser l'assemblée : il comprend que ce genre de rassemblement n'apporte que des problèmes (v. 35–41). On comprend alors pourquoi une vie spirituelle normale est incompatible avec le collectivisme propre à toute foule. Dans la foule, comme dans tout collectif, il y a une « masse », mais pas de personnes. Or c'est précisément la personne que Dieu veut, car seule la personne porte l'image de Dieu. La « masse », la foule, le collectif n'a pas d'image. Ni divine ni humaine.