RÉFLEXIONS pour Ac 15:1-35 — le 30 octobre 2024

RÉFLEXIONS pour Ac 15:1-35

Apparemment, la question religieuse se posait avec une certaine acuité dans l'Église primitive. Il fallut même réunir ce que les historiens de l'Église appellent habituellement le concile des Apôtres : une assemblée des apôtres et des anciens-presbytres. Le texte des Actes mentionne parfois aussi des « frères », mais il s'agit d'une variante : dans les premiers manuscrits grecs des Actes, il n'est pas question des « presbytres et des frères », mais des « frères-presbytres ». Cela paraît assez logique : dans son organisation, l'Église était alors une fraternité religieuse, et ces fraternités étaient généralement dirigées par un conseil d'anciens. Mais le ministère des apôtres, témoins de la mort et de la résurrection du Christ, jouait un rôle particulier dans l'Église ; la communauté apostolique participait donc naturellement, elle aussi, aux décisions fondamentales pour l'Église.

Le fond de la question était de déterminer la place de la religion dans la vie de l'Église. Certes, dans le langage de cette époque et de cette tradition, elle se formulait autrement : il était question de Juifs et de païens, de circoncis et d'incirconcis, de ceux qui observaient toutes les prescriptions religieuses du judaïsme et de ceux qui ne les jugeaient pas obligatoires pour eux-mêmes. Il importe toutefois de garder à l'esprit que le paganisme d'alors n'était déjà plus toujours une religion. Dans la plupart des cas, il s'agissait simplement de personnes séculières et d'une société séculière. Bien sûr, cette société connaissait une certaine religiosité et possédait aussi ses communautés religieuses.

Mais, dans l'ensemble, la société hellénistique de l'Empire romain, à l'époque des premiers chrétiens, était pleinement séculière : la religion y était présente, sans déterminer sa vie. Il en allait autrement de la société juive, en Judée comme dans la diaspora : elle était pleinement et profondément religieuse, et sa vie était déterminée et dirigée par des normes et des prescriptions religieuses. Il n'existait pas alors de monde juif séculier. La question des Juifs et des païens, des circoncis et des incirconcis, était donc celle des personnes séculières et religieuses dans l'Église. Plus précisément : l'Église devait-elle se composer exclusivement de personnes religieuses, ou était-elle également ouverte aux personnes séculières, non religieuses ?

Naturellement, la seule forme de religiosité possible dans l'Église primitive était la religiosité juive. Mais la décision du concile des Apôtres vaut pour toute religion qui pouvait naître, et qui est effectivement née, sur le sol chrétien. Le concile, plus exactement le conseil des anciens et des apôtres, a pris une décision sage, pleinement conforme à l'expérience ecclésiale de ce temps, notamment à celle des païens accédant à la vie du Royaume sans adhérer au judaïsme, comme ce fut le cas de Corneille. Chacun était autorisé à rester ce qu'il était sur le plan religieux : le Juif religieux, juif religieux ; la personne séculière, séculière.

La décision fut exprimée dans le langage de la Torah, plus précisément de la Halakha, le droit religieux juif : aux païens entrant dans l'Église furent prescrits les commandements que la tradition juive appelle ceux des noachides, héritiers spirituels de Noé qui, tout en restant païen, était néanmoins juste et, comme le dit la Torah, « marchait devant Dieu ».

Ils exigeaient la fidélité au Dieu unique, donc le renoncement aux repas rituels païens, aux « viandes sacrifiées aux idoles », un minimum de pureté rituelle, l'abstention des viandes étouffées, l'abstention de la violence, du « sang », et de la débauche, ainsi que le respect de la « règle d'or » morale. Dans le langage de la Halakha, cette décision signifiait que les païens pouvaient entrer dans l'Église en restant ce qu'ils étaient sur le plan religieux. L'Église témoignait ainsi qu'elle n'était pas une communauté religieuse, mais une communauté de personnes cherchant le Royaume et vivant dans le Royaume. Quant à la religion, le chrétien est libre de conserver ou non sa religiosité. L'essentiel est de ne pas l'imposer aux autres et de veiller à ce qu'elle ne fasse pas obstacle au principal : la vie dans le Royaume.