RÉFLEXIONS pour Ac 14:1-28 — le 26 octobre 2024

RÉFLEXIONS pour Ac 14:1-28

La lecture d'aujourd'hui nous aide à mieux comprendre ce qu'est le paganisme et d'où il vient. Il s'agit d'un incident à Lystres où, après une guérison accomplie par Paul, les habitants ont pris les apôtres pour des dieux, Zeus et Hermès (v. 8–13). Les apôtres ont eu beaucoup de peine à retenir la foule et à la convaincre qu'ils n'étaient nullement des dieux, mais des hommes (v. 14–18). À première vue, le comportement de la foule paraît d'une naïveté qui ne peut que faire sourire. Pourtant, nous voyons ici le reflet de l'une des croyances païennes les plus anciennes et les plus répandues : celle en une force ou énergie surnaturelle particulière, diffuse partout dans le monde et se manifestant dans toutes sortes de phénomènes naturels et surnaturels. Des personnes particulières, choisies, pouvaient être porteuses de cette force ; dieux et esprits l'utilisaient pour accomplir des prodiges. Rien d'étonnant à ce que les habitants aient vu dans la guérison opérée par Paul une manifestation de cette puissance et aient pris les apôtres pour des dieux. Mais une question demeure : pourquoi Zeus et Hermès ? Il s'agit de dieux, alors que devant la foule se tenaient des hommes ordinaires, qui n'avaient extérieurement rien de divin. Or la conscience païenne, surtout dans l'Antiquité, admettait que les dieux pouvaient prendre n'importe quelle apparence, y compris humaine. Ce qui importait, ce n'était pas l'apparence, mais la possession de la puissance : un dieu ou un esprit qui la perdait cessait d'être objet d'adoration. Un trait fondamental de la conscience religieuse païenne apparaît ici : le païen adore non une personne, mais une puissance, et toute manifestation de puissance suscite sa vénération et son adoration. Certes, cette puissance peut se manifester à travers telle ou telle personne ; mais, même alors, la personne reste secondaire pour le païen, importante non en elle-même, mais seulement comme forme de manifestation de cette même puissance. Dieu, Lui, est d'abord une Personne, et ensuite seulement une puissance. Voilà la différence principale entre le paganisme et la Révélation : chaque fois que la personne passe au premier plan, Dieu l'emporte ; chaque fois qu'une puissance impersonnelle est divinisée, la nature et le paganisme triomphent. Ce n'est pas un hasard si les apôtres cherchent avec tant d'ardeur à convaincre la foule qu'ils sont des hommes comme ceux qui les entourent (v. 15). Si ces derniers n'apprennent pas à voir la valeur de l'homme précisément comme personne, et non comme porteur de puissance, ils ne pourront jamais entrer dans le Royaume. Même dans le Christ, ils ne verront qu'un grand maître de la puissance, et en Dieu sa source suprême. Mais l'amour de Dieu et le sacrifice du Christ leur resteront cachés. Alors le Royaume de l'amour leur apparaîtra comme un royaume de puissance, et le Ciel se changera en enfer, en cet étang de feu si vivement décrit dans l'Apocalypse de Jean. On ne peut comprendre l'amour de Dieu sans avoir d'abord appris à reconnaître la valeur de la personne humaine. Et sans cette compréhension, on ne peut entrer dans le Royaume.