RÉFLEXIONS pour Ac 8:1-25
La lecture d'aujourd'hui nous permet de regarder le Royaume sous un angle nouveau, peut-être un peu inattendu. Il s'agit de l'histoire d'un certain magicien nommé Simon (v. 9–24). À la lecture du récit, on remarque immédiatement que, très peu de temps après l'arrivée de Philippe dans la ville, Simon devint l'un de ses auditeurs les plus attentifs et semblait déjà prêt à devenir l'un de ses disciples (v. 9–13). Mais, lorsque les apôtres vinrent dans la ville et prièrent pour que l'Esprit descende sur les nouveaux convertis, Simon s'approcha d'eux, leur proposant de l'argent et demandant en échange cette puissance de prière qui permettait à l'Esprit de descendre sur ceux pour qui ils priaient (v. 18–19). Un tel désir de la puissance divine chez un magicien pourrait sembler étrange et contre nature. Mais, si l'on réfléchit à l'essence de la magie, on n'y verra rien de particulièrement étrange. Depuis longtemps, les magiciens considèrent le monde comme l'expression et l'incarnation d'une force ou d'une énergie surnaturelle, dont la maîtrise passait pour le but de la magie et le sens de la vie du magicien. Apparemment, Simon avait lui aussi obtenu certains succès dans ce domaine, peut-être même considérables (v. 10–11). Mais voici qu'un inconnu apparaît dans la ville : il semble mieux connaître cette force et la maîtriser avec art. Simon voulut évidemment devenir le disciple de ce mystérieux inconnu et, cette décision prise, ne le quittait plus (v. 13). Il avait probablement négligé le baptême, l'estimant inutile pour lui. Apparemment, comme la plupart des magiciens, Simon était un athée pratique. S'il pensait à Dieu, c'était probablement en ce sens que Dieu ne pouvait ni l'aider ni l'entraver : le magicien doit acquérir lui-même la force, sans s'adresser à aucun dieu ni à aucun esprit. Lorsqu'il fut convaincu que les apôtres possédaient réellement une puissance tout à fait réelle, capable de changer l'homme, il voulut naturellement apprendre à la maîtriser comme eux. Mais tout se révéla à la fois plus simple et plus compliqué que Simon ne l'attendait. Il ne s'agissait pas simplement d'une force, mais du Royaume entrant dans le monde, la force n'étant que l'une de ses manifestations. Or Simon voulait acquérir la force sans le Royaume. Ce n'est pas par hasard que Pierre porte un jugement extrêmement sévère sur son état spirituel (v. 22–23). Le problème n'est pas que la force dont le magicien veut obtenir la maîtrise soit mauvaise en elle-même. En fin de compte, rien dans le monde n'est démoniaque à l'origine : le diable est incapable de créer, il ne peut qu'abîmer et pervertir ce qu'il n'a pas créé. Le plus effrayant est ailleurs : même lorsqu'il entre en contact avec le Royaume, le magicien demeure toujours fermé aux autres, y compris à Dieu, et reste totalement égocentrique. Le Royaume suppose au contraire une ouverture entière à Dieu et au prochain. À en juger par la réaction de Simon aux paroles de Pierre (v. 24), il commence probablement à le comprendre. Et peut-être fait-il ainsi son premier pas vers le Royaume.
