RÉFLEXIONS pour Ac 8:4-25
Le terme « simonie » est entré dans l'usage ecclésiastique dès le Moyen Âge. Il désignait l'achat et la vente de charges dans l'Église. Il est évident qu'il vient du nom du magicien Simon, mentionné dans les Actes, qui semblait s'être converti et avoir renoncé à la magie, mais... demeurait pourtant magicien en un certain sens. Certes, les disciples médiévaux du Simon biblique avaient manifestement perdu en ambition : ils voulaient obtenir une charge ecclésiastique contre de l'argent, tandis que Simon visait plus haut. Il voulait s'acheter un peu de grâce. Autant que son argent le permettrait. Et c'est là quelque chose de plus sérieux qu'une charge dans l'Église. C'est ici que commence le plus intéressant et le plus révélateur. La vente des charges ecclésiastiques est facile à comprendre : toutes les structures de l'Église sont l'œuvre de mains humaines. L'achat et la vente de places dans ces structures se comprennent aussi humainement, si répugnants soient-ils. Mais, avec la grâce, la question devient vraiment intéressante. Comment Simon se représentait-il la grâce, s'il était convaincu qu'elle pouvait s'acheter ou se vendre ?
Probablement à peu près comme cette énergie surnaturelle qu'il avait lui-même cherché toute sa vie à maîtriser. Il avait sans doute obtenu certains succès, puisque ses nombreuses « pratiques magiques » réussissaient. Le magicien est toujours certain que l'énergie dont il sent la présence, même s'il n'en a pas clairement conscience, cette énergie qui sous-tend l'univers, est réelle. Et qu'on peut la maîtriser. Surtout, qu'il y parviendra lui-même. Sans cette certitude, il n'y a pas de magicien. Ni de magie. Mais voici que le magicien rencontre des manifestations de la puissance de Dieu. De la puissance du Royaume.
Et... il se convertit facilement et rapidement. Puis il demande qu'on lui vende de la grâce. Étrange conversion ! Pourtant, à bien y réfléchir, cela n'a rien d'étonnant. Pas plus qu'il n'y a là, évidemment, de véritable conversion. Il y a seulement la reconnaissance d'un fait évident pour le magicien : il existe dans le monde une puissance qui dépasse tout ce à quoi il a eu affaire jusqu'alors. Et il y a des gens qui possèdent cette puissance : voilà comment le magicien voit la situation. Il faut s'entendre avec ces gens. Il faut adopter leur religion : pour le magicien, le christianisme ne sera jamais qu'une religion ; comme vie du Royaume, il lui est par définition inconnu. À la limite, le magicien peut même admettre l'existence de Dieu, s'il voit que la puissance vient de Lui. Mais il ne pourra jamais se confier à Dieu. Car se confier à Lui, c'est Le reconnaître non seulement plus fort, mais aussi supérieur à soi.
Pour Le reconnaître ainsi, le magicien doit cesser d'être magicien. Cesser d'être ce qu'il est. Tant que cela ne s'est pas produit, sa religion repose sur le principe du donnant-donnant. Dieu est plus fort : il faut donc conclure un marché avec Lui, afin qu'Il partage Sa puissance. Peut-être par l'intermédiaire de certaines personnes, de certains médiateurs qui ont accès à Sa puissance. Mais... soudain, à la grande surprise de Simon, les apôtres lui adressent une réprimande sévère. Et il comprend quelque chose : sinon tout, du moins une partie.
Il comprend que ces hommes portent quelque chose qui ne s'achète pas avec de l'argent. Ce n'est pas que Dieu refuse de partager Sa puissance avec l'homme. C'est que cette puissance fait partie de Son Royaume. On ne peut la recevoir qu'en entrant dans le Royaume, avec l'amour de Dieu, comme l'une de ses manifestations. Hors du Royaume et sans l'amour de Dieu, le magicien restera magicien, quelle que soit la religion qu'il professe et aussi souvent qu'il s'adresse à Dieu. On ne peut pas conclure de marché avec Lui. On peut seulement se donner entièrement à Lui et tout recevoir de Lui en retour. Tout le Royaume, dans toute sa plénitude.
