RÉFLEXIONS pour Ac 5:1-16
La lecture d'aujourd'hui nous présente le Royaume sous un angle quelque peu inattendu. À première vue, l'histoire d'Ananie et de Saphire, telle qu'elle est décrite ici, pourrait sembler témoigner de l'exigence de Dieu et de la dureté des lois du Royaume. La mort n'est-elle pas une punition trop cruelle pour une tromperie (v. 2–3, 8–10) ? Pourtant, une autre logique paraît à l'œuvre dans le Royaume : celle d'une liberté totale et, en même temps, d'une responsabilité totale. Dans la communauté chrétienne primitive, apparemment, personne n'obligeait les nouveaux membres à donner à l'Église tout ce qu'ils possédaient. Chacun pouvait, semble-t-il, décider lui-même combien il pouvait offrir (v. 4). Si quelqu'un donnait tout ce qu'il avait, il le faisait de bon cœur, pleinement conscient de sa responsabilité dans cet acte (Ac 4,34–37). Mais, dans le cas présent, les choses se sont passées autrement. Ananie comprenait apparemment assez mal le degré de liberté et de responsabilité que suppose la vie dans le Royaume. Peut-être les dons à la communauté lui semblaient-ils comparables à la dîme du Temple que tout Juif devait obligatoirement payer. En entrant dans la communauté, il décida donc de respecter la règle prescrite, tout en s'autorisant quelques accommodements. Or il apparut qu'il ne s'agissait pas simplement d'entrer dans une communauté, mais ni plus ni moins d'entrer dans le Royaume, où la duplicité n'a pas de place. Le principe était simple : donne ce que tu peux, mais fais-le en toute transparence. Il n'y a pas de règles, seulement la justice du Royaume, qui ne suppose aucune limite autre que celles que l'homme se fixe lui-même. Mais cette justice n'admet ni tromperie ni duplicité. Ceux qui trompent Dieu meurent non parce que Dieu est cruel. Simplement, celui qui a goûté à la vie du Royaume ne pourra plus jamais s'en passer. Mais il est tout aussi impossible de demeurer dans le Royaume sans faire entièrement confiance à Dieu : tenir une double comptabilité n'y a pas sa place. C'est pourquoi Ananie et Saphire meurent. Il n'y a pas de milieu dans le Royaume : c'est la vie dans toute sa plénitude ou la mort dans toute son inéluctabilité. Dans notre monde encore non transfiguré, on peut ne pas vivre pleinement, traîner une existence spirituellement plus proche de la mort que de la vie, sans pour autant mourir physiquement. Dans le Royaume, c'est impossible : la vie y est entière, et la mort aussi. Il n'y a pas de troisième voie.
