RÉFLEXIONS pour Lc 9:57-62
Les réponses du Seigneur Jésus-Christ aux paroles de trois personnes qui viennent à Lui en exprimant le désir de Le suivre troublent souvent le lecteur. Pourquoi, au lieu d'accueillir de nouveaux disciples, le Seigneur les rejette-t-Il en quelque sorte et dénonce-t-Il quelque chose dans leur désir de Le suivre ? Cette question tient souvent à nos propres craintes : nous redoutons qu'Il ne rejette aussi notre désir de suivre Jésus. Quoi qu'il en soit, les paroles du Christ dans la lecture d'aujourd'hui, tirée de l'Évangile de Luc, nous choquent ; elles contredisent certaines de nos idées toutes faites, profondément enfouies. Parfois, on en vient même à en vouloir à l'évangéliste : sans ce passage, tout serait bien plus simple et agréable pour nous.
Il faut sans doute distinguer trois raisons principales à cette attitude envers ces paroles du Christ. Premièrement, nos représentations habituelles et stéréotypées sont peut-être fausses. Deuxièmement, nous ne comprenons peut-être pas ce que dit le Seigneur. Et troisièmement, nous appliquons peut-être à tous, y compris à nous-mêmes, ce qui est dit à des personnes bien précises pour une raison bien précise. Ici, les trois raisons semblent jouer à la fois.
L'idée que le Seigneur ne rejettera pas celui qui vient à Lui repose sur Ses propres paroles. Mais Il dit Lui-même aussi que ce n'est pas quiconque L'appelle « Seigneur » qui peut entrer dans la vie, mais seulement celui qui fait la volonté du Père céleste. Dieu n'est donc pas un homme politique dont l'objectif serait la popularité à tout prix. Seul peut Le suivre celui qui possède une certaine pureté d'intention. Lorsque nous cherchons Dieu, nos motivations sont sans doute toujours quelque peu altérées ; mais dans certains cas, cette altération rend notre venue au Christ, non pas impossible, non, mais désastreuse pour nous-mêmes. Tels sont les trois exemples rapportés par l'évangéliste. Le premier, attiré par la gloire du Royaume messianique, veut y prendre part ; mais le Seigneur parle de Son chemin comme d'un chemin de rejet et de souffrance. Les deuxième et troisième veulent suivre le Christ à leurs propres conditions : « Je Te suivrai, mais... », disent-ils. C'est ici l'homme lui-même qui détermine sa route et tente de faire une sorte de faveur à Dieu en acceptant de Le suivre. Or tout cela est loin d'être anodin sur le plan spirituel, comme le soulignent les réponses du Seigneur Jésus.
Il est évident que la première raison de notre refus des paroles du Christ est directement liée à la troisième : il ne faut pas généraliser au monde entier les réponses du Christ à ces trois personnes. Pour qu'elles ne puissent pas nous être appliquées, il suffit de ne pas répéter les erreurs de ces hommes.
Et enfin, il faut vraiment pénétrer le sens de ce que le Seigneur veut dire. Au premier des trois hommes mentionnés, Il parle, au fond, de la Croix. Il importe que les souffrances de la Croix et le rejet par les hommes apparaissent ici comme les compagnons constants du Seigneur Jésus tout au long de Son chemin terrestre, de la grotte de Bethléem au Golgotha. Il est important d'entendre la réponse du Christ à l'homme qui refuse de Le suivre en raison d'un devoir filial essentiel en même temps que la question. Cet homme dit : permets-moi de Te quitter, car quelque part là-bas, quelque chose d'important m'attend. Mais en quittant Dieu, on ne peut aller qu'en un seul endroit : l'enfer, car partout où Dieu est absent, c'est l'enfer. Et le Christ dit à cet homme : non, c'est de là-bas que tu dois partir pour venir à Moi. La question comme la réponse s'articulent autour du verbe apelauno, « partir, s'éloigner ». Là où le Christ est absent, dit Jésus, se trouve le royaume des morts. Ce n'est pas le Christ qu'il faut quitter pour s'y rendre, mais cet endroit qu'il faut quitter pour venir au Christ. Toi, dit le Seigneur, va annoncer le Royaume. Quant au troisième, tout en acceptant de suivre le Christ, il cherche à se réserver un certain degré de liberté et, peut-être aussi, à se vanter devant ses proches de ses progrès spirituels, puisqu'il part à la suite du Maître de Nazareth. Et le Seigneur lui dit qu'une telle duplicité du cœur est impossible devant la face de Dieu.
Voilà apparemment pourquoi il importait à l'évangéliste Luc d'inclure ces trois brefs dialogues dans l'Évangile : afin que nous puissions voir fidèlement ce qui se passait et tirer quelque enseignement de cet exemple.
