RÉFLEXIONS pour Lc 3:23-4:1
Les généalogies, les listes d'ascendance, constituent un genre tout à fait traditionnel dans la Bible. Et elles ne servent presque jamais à leur fonction première. Bien sûr, l'arbre généalogique du Sauveur nous intéresserait aussi pour lui-même, indépendamment de tout autre objectif littéraire. Mais, pour l'évangéliste, ce sont apparemment ces autres objectifs qui se sont révélés plus importants que l'histoire proprement dite.
On peut juger de son attitude envers l'histoire au moins à partir de ce fait indéniable : la généalogie de Jésus chez Luc diffère de celle que donne Matthieu. Les commentateurs ont déployé beaucoup d'efforts et proposé bien des explications profondes et ingénieuses pour rendre compte des divergences entre les différentes versions de la généalogie de Jésus chez les synoptiques. Il n'est pas exclu que certaines expliquent correctement les choses. Mais, quoi qu'il en soit, la question principale demeure : que peut donc nous apporter une telle généalogie pour comprendre la personne de Jésus et le sens de Son ministère terrestre ? Quelle que soit l'ascendance de Jésus, Il reste dans tous les cas Celui qu'Il est.
Et pourtant, pourquoi avons-nous besoin de connaître les ancêtres terrestres du Sauveur ? D'une part, pour éviter ce spiritualisme qui commençait déjà à se manifester dans les milieux proches de l'Église à l'époque où se rédigeaient les Évangiles synoptiques. Certains considéraient déjà le Christ non comme un homme, mais comme une sorte d'ange qui n'avait pas et ne pouvait pas avoir d'histoire terrestre. Les généalogies jouaient ici le rôle d'un ancrage historique sans lequel on ne pouvait parler du christianisme dans son sens authentique.
Mais il y avait encore autre chose, de plus profond : sans généalogies, si étrange que cela puisse paraître, il ne pouvait y avoir de représentation complète du Royaume que le Sauveur avait apporté au monde. Certes, selon Ses propres paroles, il « n'est pas de ce monde ». Mais cela ne signifie pas qu'il soit hors de l'histoire. Au contraire, il est précisément dans l'histoire, à tel point qu'après la venue du Christ, après Sa mort et Sa résurrection, après la Pentecôte, l'histoire n'est déterminée que par sa présence dans le monde. Il est désormais lui-même l'histoire ; tout le sens de l'histoire chrétienne se ramène à l'histoire du Royaume entrant dans le monde.
Le fait qu'il « ne soit pas de ce monde » consiste en ceci : il existe selon ses propres lois, et non selon celles du monde déchu. Le Royaume est étranger non au monde, mais au péché dans lequel le monde est plongé ; non à l'histoire, mais au mal historique que l'on confond parfois avec l'histoire elle-même. Et les généalogies sont destinées à nous le rappeler. À nous rappeler que le Royaume comme Celui qui l'a apporté au monde ont, dès le commencement, fait partie de l'histoire : celle du monde, celle de Son peuple, celle de l'humanité. Et ce n'est pas un hasard : Dieu l'avait voulu ainsi dès le commencement.
