RÉFLEXIONS pour Col 1:24-2:7
Dès le premier siècle, les chrétiens ont été confrontés à une doctrine religieuse et philosophique assez étrange, qui décrivait de manière fort fantaisiste la structure des mondes visibles et invisibles et les moyens magiques par lesquels l'homme pouvait vaincre les puissances des ténèbres et faire irruption dans le monde où demeure le Très-Haut. La magie de cette percée dans l'invisible et l'incorruptible ne se réduisait pas toujours à des incantations primitives, mais son essence revenait malgré tout, en dernière analyse, à une violence religieuse exercée sur le monde spirituel. Les adeptes de ces doctrines affirment généralement posséder un savoir secret, caché aux gens ordinaires et accessible aux seuls initiés. Du mot grec signifiant « connaissance », ces systèmes religieux et philosophiques ont reçu le nom de « gnose » ou de gnosticisme. De telles conceptions ne sont rares à aucune époque, et notre temps est tout aussi exposé aux séductions de la magie que la fin du premier siècle, même si, deux mille ans plus tard, elles paraissent bien plus comiques.
Dans ce contexte, les paroles de l'apôtre Paul dans la lecture d'aujourd'hui, tirée de la lettre aux Colossiens, selon lesquelles, dans le Christ, « sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance », ne sont guère fortuites. Le texte grec parle précisément de « gnose cachée », et l'apôtre explique qu'il le dit expressément pour que personne ne « trompe » les Colossiens, et nous avec eux, « par des paroles insinuantes ». L'apôtre ne nie pas qu'il existe un chemin de retour au paradis perdu, mais, pour lui, ce chemin n'est ni le savoir secret des gnostiques ni les enseignements des sectes gnostiques modernes. Il parle de Celui qui est Lui-même le Chemin, la Vérité et la Vie. Pour l'homme, revenir à Dieu ne signifie donc pas pratiquer des rites absurdes et cruels ou pervertir la nature humaine, mais, selon l'expression de l'apôtre, « marcher dans le Christ », être « enraciné et édifié en Lui ». Si secrète, cachée et miraculeuse que soit la « connaissance », « faussement ainsi nommée », selon l'expression des Pères de l'Église, elle demeure un poids mort. Seul l'enracinement dans la personne vivante du Fils de Dieu peut être salutaire pour l'homme.
