RÉFLEXIONS pour Lc 20:27-21:4 — le 23 août 2024

RÉFLEXIONS pour Lc 20:27-21:4

La lecture d'aujourd'hui nous ramène une fois encore au thème du Royaume, mais sous un aspect quelque peu inattendu. Elle commence par une question posée par des représentants des milieux sacerdotaux, les « sadducéens », dont il est dit qu'ils rejetaient l'enseignement sur la résurrection (v. 27). Ce rejet semble lié au fait que, par suite des circonstances historiques, les milieux sacerdotaux considéraient traditionnellement comme Écriture sainte la seule Torah proprement dite, le Pentateuque. Quant aux livres prophétiques, qui faisaient partie de l'Écriture pour la Synagogue, ils y voyaient plutôt une partie de la Tradition, intéressante à certains égards, mais peu autorisée. Et puisque presque tout ce que la Bible dit de la résurrection se rattache à la tradition prophétique, la résurrection elle-même en vint à être perçue dans le milieu sacerdotal comme une idée ingénieuse, mais fort douteuse. La question posée à Jésus par les « sadducéens » (v. 28–33) était apparemment l'une de ces questions polémiques que les adversaires de l'enseignement sur la résurrection adressaient à ses partisans.

Jésus répond d'une manière tout à fait inattendue : il indique des caractéristiques de la nature du Royaume auxquelles personne, peut-être, n'avait songé dans le cadre des conceptions de l'époque. En effet, si l'on perçoit le Royaume comme une réalité religieuse et politique, existant donc selon les lois de notre monde encore non transfiguré, la question est effectivement insoluble. Jésus montre à ses interlocuteurs que la nature du Royaume est tout autre : il est la création transfigurée, dont fait également partie l'humanité transfigurée, à laquelle les lois du monde non transfiguré ne s'appliquent plus (v. 34–36).

Cette réponse était sans doute totalement inattendue pour les « sadducéens » ; Jésus leur présente cependant un autre argument, tiré du Pentateuque, dont ils ne pouvaient en aucun cas contester l'autorité (v. 37–38) : pour Dieu, il n'y a pas de morts. Cette affirmation devient compréhensible dans le contexte des conceptions religieuses traditionnelles à l'époque évangélique, qui ne comportaient aucune théorie élaborée sur l'immortalité de l'âme. On envisageait alors l'au-delà, comme aux siècles précédents, d'une manière plutôt pessimiste : en mourant, l'homme disparaissait pour toujours, son ombre descendait au domaine des ombres, le shéol, parfois appelé dans l'Évangile, en grec, « enfer », plus précisément « Hadès », terme qui désignait dans l'usage grec la même chose que « shéol » en hébreu. Ceux qui demeuraient au shéol ne conservaient aucun souvenir ni du monde des vivants ni de Dieu ; leur seul espoir était la résurrection à la fin des temps, à laquelle les « sadducéens » ne croyaient pourtant pas. En citant l'expression « Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac et Dieu de Jacob », Jésus souligne que, pour Dieu, il n'y a pas de morts, que le Royaume n'est pas le shéol : on ne trouve au shéol qu'une pâle apparence de vie, tandis que le Royaume est la vie dans toute sa plénitude, auprès de laquelle notre monde non transfiguré semblerait un royaume d'ombres.