RÉFLEXIONS pour Mt 20:1-16
La manière de recevoir la parabole des ouvriers de la onzième heure dépend surtout du personnage auquel on s'identifie. Si c'est à l'ouvrier arrivé dans les dernières minutes et qui n'a guère eu le temps de faire quoi que ce soit, alors c'est une parabole sur la miséricorde sans limites de Dieu : « Car le Maître ardemment généreux accueille le dernier comme le premier ; il donne le repos à celui [qui est venu à] la onzième heure comme à celui qui a travaillé dès la première ; il fait miséricorde au dernier et prend soin du premier ; à l'un il donne, et l'autre il le comble de dons », comme le dit saint Jean Chrysostome dans son homélie pascale. À chacun de ceux qui viennent travailler dans sa vigne, Dieu se donne lui-même : un don qui ne peut être ni plus grand ni plus petit.
Il est peut-être bien plus important que ceux qui ont déjà vécu quelque temps la vie chrétienne, ou pensent y avoir atteint quelque chose, entendent cette parabole. La manière dont on la reçoit permet de vérifier si l'on a appris quelque chose dans cette vie. Pour la plupart des Juifs, les paroles du Christ semblaient d'une injustice criante. Ils se considéraient comme le peuple porteur de Dieu et, contrairement à certains, ce n'était pas sans fondement. Pour cette raison, pensaient-ils, leur part et leur récompense dans le Royaume des Cieux devaient être supérieures et plus grandes que celles des autres. Le chrétien, qu'il soit juif ou grec, doit se distinguer par sa disposition à accepter l'apparente injustice du don du Christ. Protester contre cette parabole montre que l'on entretient avec Dieu des relations propres à l'Ancienne Alliance, même si l'on participe formellement à la Nouvelle Alliance.
En réalité, le Seigneur nous a très probablement donné cette parabole précisément pour nous faire comprendre deux choses importantes. Premièrement, la récompense de Dieu pour chaque personne est sans mesure, parce que cette récompense est sa vie. Deuxièmement, la miséricorde de Dieu est bien plus profonde que la justice que nous pouvons imaginer. Comme l'écrit l'apôtre Jacques, « la miséricorde triomphe du jugement » (Jc 2:13).
