RÉFLEXIONS pour Lc 19:28-48 — le 21 août 2024

RÉFLEXIONS pour Lc 19:28-48

La lecture d'aujourd'hui nous permet de voir le Royaume avec les yeux des contemporains de Jésus qui l'accueillaient lors de son entrée à Jérusalem (v. 35–38). Les attentes messianiques étaient alors très vives, et il n'est pas étonnant que Jésus dissimule soigneusement, jusqu'au moment voulu, sa qualité de Messie. La foule enthousiaste dans les rues de Jérusalem explique tout : il aurait suffi que Jésus fasse la moindre allusion à sa mission pour qu'on le mette aussitôt à la tête d'un mouvement populaire semblable à ceux qui éclataient alors en grand nombre en Judée.

Mais tôt ou tard, Jésus devait se déclarer publiquement ; il semble choisir pour cela un moment où l'on n'aurait tout simplement plus le temps de faire de lui le chef d'un soulèvement messianique. Quant à lui, il se rend d'abord au Temple, où il demeure ensuite jusqu'à la fin de son ministère à Jérusalem, après avoir débarrassé ses cours des marchands qui les avaient envahies (v. 45–48).

Le commerce dans la cour du Temple était certes interdit par la Torah, mais consacré par la tradition ; il procurait en outre des revenus considérables, non seulement aux marchands eux-mêmes, mais aussi au trésor du Temple. Jésus, cependant, ne semblait pas disposé à s'accommoder d'une tradition contraire à la Loi donnée par Dieu. Pour lui, le Royaume messianique commence lorsque le lieu saint devient véritablement saint, et aucun compromis n'est ici possible. Pour le peuple, en revanche, le Royaume messianique devait commencer par l'expulsion des Romains et le rétablissement de l'indépendance ; le reste, pensait alors presque tout le monde, suivrait sans difficulté. C'est précisément sur cette fausse hiérarchie des priorités que Jésus attire l'attention en pleurant sur Jérusalem (v. 41–44). En parlant de « tranchées » et d'encerclement, Jésus vise sans aucun doute les événements de l'an 70, lorsqu'un nouveau soulèvement contre Rome se transforma effectivement en guerre religieuse, qui s'acheva par une défaite et la dévastation complète de Jérusalem.

Or ce soulèvement fut rendu possible précisément parce que beaucoup comprenaient alors le Royaume d'une manière purement extérieure, politique et idéologique, et ne pensaient guère à lui comme à une réalité spirituelle. Ce déplacement de l'accent rendit la catastrophe inévitable. Et cette catastrophe fut double : d'abord la mort du Sauveur sur la Croix, puis la destruction de Jérusalem et du Temple. Mais si la mort de Jésus sur la Croix s'achève par sa résurrection, la catastrophe nationale se prolonge pendant des siècles. Jésus pleure en voyant les siècles de souffrance de son peuple. Il pleure peut-être aussi parce que, même lui, ne peut rien changer ici. Car chaque peuple, comme chaque personne, est libre. Et choisit lui-même son destin.