RÉFLEXIONS pour Lc 15:1-32 — le 13 août 2024

RÉFLEXIONS pour Lc 15:1-32

Aujourd'hui, nous associons généralement la parabole du fils prodigue à diverses qualités humaines négatives : la présomption, l'ingratitude, le manque de respect envers son père et la maison où l'on a grandi. Le retour du fils prodigue devient alors pour nous une sorte de leçon de vie : la vie elle-même a appris au fils égaré ce qu'il ne voulait pas apprendre dans sa propre maison auprès de son propre père. Vient ensuite la lecture de cette parabole comme une allégorie de notre propre relation avec Dieu, notre Père céleste. Le champ des sermons moralisateurs est ici immense, et l'on ne peut certainement pas le dire en friche.

Les prédicateurs, pourtant, laissent souvent le fils aîné dans l'ombre. La question qu'il pose à son père — pourquoi accueilles-tu comme un hôte longtemps attendu celui qui a dissipé les biens de la maison, alors que ma présence ne semble guère te réjouir ? — reste au fond sans réponse. Or la parabole de Jésus ne porte pas sur nos relations avec Dieu, même si, bien sûr, elle en parle aussi : comment pourrait-il en être autrement ? Elle parle du Royaume. De la dynamique de sa vie. De la manière dont on y vit, dont on le perd et dont on y revient. Elle ne parle pas de deux fils, l'un bon et l'autre mauvais. Elle parle de détermination et d'indécision. Du choix et de ses conséquences. De ce que peut coûter une mauvaise décision et de la manière d'en surmonter les conséquences. Et du fait que personne n'est à l'abri de rien.

Car, au fond, le désir du fils aîné de célébrer sa propre fête, particulière, consacrée à lui-même et séparée de toute la maison — dans son cercle, avec ses amis, et là encore sans son père — ne diffère que par son ampleur d'une demande de partage des biens : donne-moi ce qui me revient, et je partirai. Seulement, l'aîné est prêt à partir sans partir : il veut se séparer comme s'il ne se séparait pas du tout, vivre un peu sa propre vie tout en restant dans la maison paternelle. Le cadet est plus résolu : quand il part, il part vraiment. Et, contrairement à l'aîné, il comprend par sa propre expérience amère ce que signifie partir, quitter la maison, perdre le Royaume. Il part résolument, et revient tout aussi résolument, avec un repentir sincère. Il veut rentrer chez lui, et peu lui importe désormais quelle place il occupera dans la maison familiale : tout dépend de la volonté du père.

Pour l'aîné, ce n'est pas indifférent. Il se compare au cadet. Il se demande : lequel de nous le père aime-t-il le plus ? Il n'a pas encore pleinement compris que le festin organisé par le père pour son jeune frère est une manifestation de l'amour paternel, qui prend cette forme précisément parce qu'il y a eu un retour. Des retrouvailles. Le rétablissement de la plénitude du Royaume. L'aîné est toujours dans cette plénitude. Il n'est pas parti. Mais... il aurait pu partir, s'il n'avait pas été l'aîné, et donc l'héritier. Ce n'est pas la vie du Royaume qui le retient, mais la place qu'il occupe dans cette vie.

La situation est dangereuse, et le père avertit son fils aîné. Tout ce qui est à moi n'est-il pas à toi ? Ne partages-tu pas la plénitude de ma vie ? N'y a-t-il donc que ton rang d'aîné de la maison et d'héritier qui compte pour toi ? Le cadet est revenu en renonçant à toute affirmation de soi. Et toi ? La parabole s'achève sur cette question adressée au fils aîné. Une question adressée non à ceux qui sont partis puis revenus, mais à ceux qui se vantent de n'être jamais partis. Une question qui donne à réfléchir. Et qui exige une réponse. De chacun de nous.