RÉFLEXIONS pour Jb 6:1-30 — le 9 août 2024

RÉFLEXIONS pour Jb 6:1-30

Dans la réponse de Job aux paroles d'Élifaz, qui commence au chapitre 6, apparaît le décalage criant entre ce dont Élifaz a parlé et ce que Job vit. Job perçoit ce qui lui est arrivé comme une injustice qui dépasse sa capacité à supporter le malheur. Il dit que sa souffrance est sans mesure, qu'elle pèserait plus que le sable de la mer. Si l'on regarde celui qui souffre avec détachement, comme Élifaz regarde Job, ces paroles paraissent bien sûr une exagération poétique, émotive et déplacée. Mais précisément, Job dit la vérité. La souffrance vécue par l'homme est réellement sans mesure. Car la souffrance est une mort en miniature : c'est dans la mort que l'homme perd tout, même l'espérance. Or, dans la trame du livre, Job perd effectivement absolument tout, sauf la vie elle-même. L'auteur crée ainsi une situation où Job vit la mort, mais en parle, discutant avec ses amis — et avec le lecteur — de ce qui lui arrive. Et de même que la mort est infiniment terrible par rapport à la vie, la souffrance véritable est elle aussi sans mesure. La situation de Job est d'autant plus insupportable qu'il est contraint de douter de la justice de Dieu. Ce n'est que de l'extérieur qu'Élifaz peut voir dans la souffrance de Job le signe que Dieu « travaille » son âme pour le corriger. Job, au contraire, a le sentiment que Dieu l'a abandonné. Voilà le plus terrible : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? »